
Xavier Moreau
Thierry Meyssan a attendu 6 mois après le 11 septembre, avant de publier « l’effroyable imposture », qui remettait en cause la version officielle des attentats. Les médias français n’ont pas eu cette délicatesse. Les cadavres étaient encore chauds, le gouvernement russe n’avait pas encore émis de certitude sur l’origine des attentats, que nos médias nationaux relayaient les intuitions les plus farfelues. Les commérages d’Hélène Blanc, dans l’émission « C dans l’air », resteront sans aucun doute des références. Cette dernière affirma que les auteurs pouvaient être des néo-nazis russes, soutenus par le Kremlin. Elle soutint même que les veuves noires étaient des héroïnes romantiques se battant pour leur idéal. Depuis nous avons appris que la plus jeune, âgée de 17 ans, fut raptée par son mari, tandis que la seconde, n’était pas veuve mais répudiée. Elle laisse derrière elle un père désespéré et incrédule. Le fait de considérer que deux jeunes femmes puissent, dans leur état normal, se faire sauter librement dans des wagons au milieu de civils, en dit long sur le mépris de ces journalistes français sur les peuples du Caucase.
Face à une telle affluence de littérature de mauvaise qualité, il convient de prendre du recul et de tenter de restituer le Caucase en général et la Tchétchénie en particulier, dans l’espace historique et géographique russe. Le Caucase se divise entre Transcaucasie au sud, et Ciscaucasie au nord. C’est une zone stratégique sensible pour plusieurs raisons :
- C’est la jonction entre la mer caspienne et la mer noire
- C’est une zone de contact entre le monde chrétien et le monde musulman
- C’est une marche entre l’empire turc et l’empire russe
La présence des Russes dans le Caucase remonte au XVIème siècle. Elle est d’abord le fait des cosaques du Terek. La russification réelle de cette région commence au XVIIIème siècle. Depuis Catherine II, l’empire ottoman subit la pression des armées russes sur tous les fronts. Sans l’appui de l’Angleterre et la guerre de Crimée, dans laquelle se jette la France désorientée et anglophile de Napoléon III, il est vraisemblable qu’Istanbul serait redevenue Constantinople au XIXème siècle. Malgré ce revers, la Russie prend toute la mesure de son rôle de troisième Rome et se pose comme défenseurs des peuples chrétiens dans les Balkans, ainsi que dans le Caucase. C’est à se titre qu’elle annexe au début du XIXème siècle, l’Arménie et la Géorgie qui s’étaient mises sous sa protection.
Avec les populations musulmanes du Caucase, c’est chose beaucoup moins aisée, principalement avec le peuple le plus redoutable de la région, les Tchétchènes. Leurs chefs mènent une guerre farouche contre l’armée russe. Le général Yermolov, qui la commande, fait ériger une forteresse à Grozny, future capitale tchétchène en 1818. L’armée russe finit par triompher en 1859, lors de la reddition de l’Emir Chamil, figure légendaire de la résistance tchétchène face à la Russie. Après sa reddition il fut bien traité par les Russes et richement installé à Kiev. Il mourut en 1871 à La Mecque, où le Tsar l’avait autorisé à se rendre en pèlerinage. A partir du XIXème siècle le Caucase commence à fasciner les Russes, notamment les officiers tsaristes qui s’y battent. C’est le cas d’un des plus grands écrivains russe, Mikhail Lermontov.
A la fin du XIXème siècle, le Caucase, principalement la Géorgie et l’Azerbaïdjan deviennent des foyers insurrectionnels qui fournissent un contingent non négligeable de révolutionnaires. Staline y exécute ses actes de gangstérisme jusqu’en 1912, pour financer Lénine réfugié en Finlande. La révolution bolchévique permet aux différents peuples du Caucase de prendre leur indépendance pour une courte durée. Lénine puis Staline mettent définitivement fin à ces velléités et intègrent ces différentes régions sous la forme de républiques socialistes soviétiques. La Tchétchénie et l’Ingouchie sont intégrées en 1936 au sein de la République Socialiste Soviétique Autonome de Tchétchénie-Ingouchie.
Le peuple le plus turbulent dans la région reste les Tchétchènes, à qui la collectivisation des terres ne plaît guère. Ils accueillent favorablement les propositions d’alliance de l’Allemagne nazie et se soulèvent en 1944, sous les ordres de Magomed Chéripov. Suite à cette insurrection, Staline fait déporter près de 500000 Tchétchènes et Ingouches au Kazakhstan. C’est dans cette république que naîtront la majorité des chefs tchétchènes des années 90. C’est seulement en 1956, que Kroutchev les autorise à revenir en Tchétchénie.
Le Caucase reste relativement calme jusqu’à la chute de l’URSS. La disparition de ce régime permet aux trois républiques transcaucasiennes, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan, de prendre leur indépendance immédiatement sans que Moscou s’y oppose. En Ciscaucasie, la situation est différente. Le général Djohar Doudaev, ancien officier de l’armée de l’air soviétique, arrivé au pouvoir après un coup d’état, déclare l’indépendance de la République tchétchène d’Itchkérie, le 2 novembre 1991. L’Ingouchie effrayée par ce turbulent voisin, demande son rattachement à la Russie le 4 juin 1992. Une période d’anarchie s’en suit, qui aboutit à l’intervention militaire de l’armée russe en 1994 et 1995. Cette dernière, mal commandée subit de très sévères revers, doublés par des actes terroristes de masse comme la prise d’otages de l’hôpital de Boudennovsk en 1995. Ce sont ces actes qui poussent Boris Eltsine à envoyer le général Lebed, négocier les accords de Khassaviourt.
Ces accords sont une reconnaissance de fait de l’indépendance de la Tchétchénie, qui devient à partir de ce moment une zone de non droit où l’esclavage et le kidnapping deviennent les deux industries du pays. Une dizaine d’otages seront même capturés à Moscou, transportés en Tchétchénie et échangés contre rançon. En 2001, la chaîne de télévision NTV diffuse une émission, où sont présentées les vidéos que les preneurs d’otages envoient aux familles, lors des demandes de rançons. Les scènes d’amputations et de tortures émeuvent profondément la population russe et renforce son soutien à la politique de l’administration Poutine. Tandis que la République tchétchène d’Itchkérie se vide des populations non tchétchènes, le gouvernement d’Aslan Maskhadov est incapable de mettre fin au pouvoir des clans locaux et des chefs militaires arabes, venus dans le Caucase pour mener le Jihad contre les Russes.
A l’automne 1999, suite à une série d’attentats à Moscou et surtout à l’invasion du Daguestan par Chamil Bassaiev et le jordanien Khattab, dans le but d’y instaurer une république islamique, le gouvernement russe décide de reprendre le contrôle de la Tchétchénie par une opération militaire. La Russie est désormais dirigée d’une main de fer par un quasi inconnu, Vladimir Poutine. L’écrasement de l’armée tchétchène, lors de la guerre éclair de l’hiver 1999, est la première étape de la restauration de l’autorité de l’Etat dans la Fédération de Russie et de son retour en force sur la scène internationale. Portée par ce succès, le Président Poutine est élu triomphalement Président le 26 mars 2000.

Xavier Moreau












