BALE III contre l’Europe

Publié par le 26 janvier 2011 dans Éditoriaux - 7 commentaires
BALE III contre l'Europe
Une majorité de partis politiques français continue de s’en prendre « aux banques » en général, niant ainsi la spécificité américaine de la crise. Cette vision simpliste domine désormais le débat politique, permettant de passer sous silence la menace réelle qui plane sur les institutions financières européennes.
Xavier Moreau

Xavier Moreau

Les règlementations imposées habilement aux banques par les Etats-Unis ont été tout simplement ignorées des commentateurs politiques. Pourtant, elles vont entraîner une baisse dramatique de l’activité en Europe. La droite libérale française s’avance vers l’application de ces normes comme le mouton vers l’abattoir, tandis que la droite nationale par ignorance et la gauche par idéologie reste obsédée, les uns par la prétendue “main invisible” qui dirige le monde, les autres par la lutte des classes.

Il ne s’agit pourtant pas d’une “main invisible”, mais de la volonté d’une nation, les Etats-Unis, de faire payer aux économies européennes, le dérèglement de leur système économique. Contrairement aux dirigeants français, les dirigeants américains ont compris que ceux qui décident des normes dirigent le monde.

La production monétaire par les banques est régie depuis 1988 par les accords Bâle I, puis Bâle II en 2008. Ces accords obligent les banques à garantir sur leurs fonds propres les prêts qu’elles octroient aux acteurs économiques individuels. Les accords de Bâle III, dont il est ici question, visent à renforcer la “dureté” de ces fonds propres d’ici décembre 2012. Ce qui pourrait paraître être inspiré par une louable intention de prudence est en fait une offensive en règle contre les économies européennes.

Rappelons dans un premier temps que si la crise est mondiale par ses conséquences, elle fut américaine dans ses origines. Ce sont les banques américaines qui ont distribué du crédit à des emprunteurs non solvables, ce sont elles qui ont transformé ces “produits pourris” en subprimes, ce sont elles, enfin, qui ont fait assurer et ont mis ces subprimes sur les marchés. La crise a donc démarré, non pas parce que les fonds propres des banques étaient trop bas, mais parce que les règles prudentielles que les banques françaises respectent le plus souvent scrupuleusement, ont été complètement ignorées par les financiers cupides de Wall Street.

La réponse aurait donc dû être de nature règlementaire pour entraver la spéculation. C’est le chemin que prit le gouvernement allemand en interdisant la vente à découvert, décision nécessaire que malheureusement le gouvernement français n’eut pas le courage de mener à son terme. Au lieu de cela, ce fut la finance américaine qui décida des mesures à prendre en imposant Bâle III. Si les banques américaines aussi, seront soumises à ces contraintes, les conséquences sur l’économie seront tout autres. Seules 20% des entreprises européennes se financent directement sur les marchés, les autres passent par les banques. En revanche 80% des entreprises américaines se financent sans passer par les banques. L’application des normes de Bâle III va entraîner une forte contraction et un renchérissement du crédit disponible pour les acteurs économiques européens et affaiblir ainsi considérablement les économies européennes, déjà fortement touchées par la crise de 2008 et l’endettement des états qui s’en est suivi.

La France est désormais paralysée entre d’un côté, la vision socialiste et rétrograde adoptée par la gauche et la droite nationale, et de l’autre par la soumission suicidaire de la droite libérale aux normes dictées par les Etats-Unis.

Xavier Moreau


À propos de l'auteur

Saint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d'un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Fondateur d'une société de conseil en sûreté des affaires, installé en Russie depuis 12 ans, travaillant également sur l'Ukraine, le Kazakhstan et la Serbie.

7 commentaires sur "BALE III contre l’Europe"

  1. Dadounet 26 janvier 2011 à 4:19 · Répondre

    Les Américains sont ce qu’ils sont, certes, mais requérir des banques qu’elles aient plus de fonds “”propres”" ne me semble pas pervers, juste une saine mesure.
    Et qui apprendra peut-être aux entreprises européennes à se financer sur les marchés directement, surtout si les états européens y sont considérés comme plus risqués…

  2. Dedieu 31 janvier 2011 à 4:07 · Répondre

    Les banques privées ne devraient pouvoir prêter que ce qu’elles ont en réserves (ce que des épargnants leurs ont confié). Elles n’ont aucune légitimité à “créer de la monnaie/dette”, car elles ne sont pas solvables en cas de “crack”. Nous venons de le voir avec cette crise, seuls les états (les peuples par leur force de travail) sont solvables, eux seuls devraient donc avoir ce droit de “créer de la monnaie/dette”.

  3. Dadounet 31 janvier 2011 à 11:59 · Répondre

    > seuls les états (les peuples par leur force de travail) sont solvables, eux seuls devraient donc avoir ce droit de « créer de la monnaie/dette ».
    Et encore !
    Qu’est-ce que la dette ?
    Vivre aux dépens de ses enfants ; donner du pouvoir à l’oligarchie.
    Plus on nous bassine avec le “développement durable”, plus on emprunte pour le léguer à nos enfants…
    L’étalon-or, il n’y a que ça qui ne donne pas de pouvoir aux escrocs.

  4. Romuald 1 février 2011 à 12:59 · Répondre

    La spécificité américaine de la crise est une vision encore plus simpliste et les menaces qui planent sur les institutions financières européennes sont quand même aggravées par la création de l’euro, monsieur le conseiller en sureté des affaires… et puis quoi encore!

  5. François78 1 février 2011 à 10:07 · Répondre

    Dans l’hypothèse d’une faillite généralisée, le problème est juste de savoir quelle est la PUISSANCE qui pourra continuer à dicter sa loi. les USA et les Chinois sont mieux positionnés que les Européens.

  6. viking de Normandie 5 février 2011 à 8:15 · Répondre

    Depuis 1870 les USA font la loi sur les finances mondiales, des preuves, j’en ai des livres et des livres. En 1870 JP Morgan finança les 2 camps, la France et les Germains, le Président des USA adressa un message de félicitation a Bismark pour sa victoire, une guerre en Europe, SVP pensez JP Morgan branche Rothschild Londres… la Crise scientifiquement organisé de 1929, pensez aussi bien fort a eux et à Wall Street, le père de Charles Lindberg (aviateur) qui a fait partie d’une commission d’étude, avait publié un livre ou il affirmait “L’organisation scientifique de la crise a permit aux banques de prendre le contrôle de 2.400 entreprises de part le monde, et plutôt les meilleures…”.

    Saviez vous que la plupart des usines neuves Allemandes en 1930/1945 appartenait aux banques de New York, les Torpilles des U Boot à Général Electric, et Général Electric vendait aux alliés le détecteur de sous marins (c’est’y pas beau ça!). Des centres ville en Allemagne ont été rasés mais pas les zones industrielles appartenant aux banques américaines, si vous pensez que les allemands les ont nationalisées, faux, ils payaient un loyer de location gérance en OR à la BRI de Zurich…. source la Montée de Hitler, hasard, complaisance, complicité, de Philippe Renoux, éditions Herrisey (copie d’un payement a la BRI pour des Usines). Ce bouquin co-écrit par des auteurs américains, russes et allemands, c’est 5 ans de fouilles dans les archives y compris celle du KGB, a lire, bouleversant…

    (modéré)

  7. Fydryss 17 février 2011 à 1:04 · Répondre

    Cet accord est très intelligent, il va permettre de détruire encore plus le tissu industriel européen.
    Les entreprises ne pourront plus se financer auprès des banques pour réaliser leurs affaires, l’industrie française étant principalement composée d’entreprises qui ont une trésorerie limitée, donc, afin de pouvoir réaliser leurs commandes, elles empruntent auprès des banques pour payer les matières premières, en attendant d’être payées par le client et de clôturer le crédit. De facto les taux d’intérêt vont augmenter, donc le surcoût sera imputé sur le devis, votre prix sera donc plus élevé que la concurrence qui n’emprunte pas aux banques, et vous aurez moins de chance de décrocher le contrat. A moyen terme c’est la mort des petites entreprises et une consolidation des multinationales et des gros groupes.

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