Le départ des ministres atlantistes du gouvernement Sarkozy, Hervé Morin et Bernard Kouchner, avait visiblement un autre but que préélectoral. La vente des BPC et la réaction mesurée du Quai d’Orsay, au verdict du procès Khodorkowski semble le confirmer. Notre diplomatie s’est fort heureusement épargnée l’inutile ridicule d’un soutien à l’un des pires voyous de l’ère Eltsine.

Xavier Moreau
La presse française, en revanche, constante dans sa médiocrité et sa méconnaissance de la Russie, a gratifié les quelques lecteurs qui lui restent d’analyses creuses où nous apprenons avec inquiétude que l’arbitraire règne sans limite au pays de Vladimir Poutine. Pour nous en convaincre, la journaliste du Monde, Nathalie Nougayrède, n’a pas hésité à citer les dépêches de Wikileaks. Si les diplomates américains affirment publiquement, par l’intermédiaire de Julian Assange, que la Russie est une dictature mafieuse, c’est forcément vrai ! Le comble du ridicule fut tout de même atteint sur France Culture, lors d’un “débat à la française” où Annie Daubenton et Arnaud Kalika, rivalisèrent de lieux communs. La très larmoyante égérie de la révolution orange ukrainienne, nous avait depuis longtemps habitués, à ses élucubrations scandalisées. La sachant plus douée pour la morale et la psychologie que pour l’analyse rationnelle des événements, nous n’attendions rien d’intéressant venant d’elle. Nous étions, en revanche, impatient d’entendre Kalika, l’auteur de “La Russie en guerre : Mythes et réalités tchétchènes”, remettre quelques évidences en place. La déception fut à la mesure de l’attente. Nous savions que l’orientation atlantiste de TTU l’obligeait à passer sous silence certaines réalités politico-stratégiques, mais nous ignorions que cela le contraignait de surcroit, à se discréditer en alignant servilement sa réflexion sur les banalités du Figaro ou de Libération.
Fort heureusement, le gouvernement français ne semble plus vouloir écouter les « dames patronesses » de la presse française. Les réalistes semblent l’emporter sur les idéologues, comme le très atlantiste François Richier, conseiller jusque-là influent de Nicolas Sarkozy. Nous assistons ainsi à un renversement des rôles qui est particulièrement bénéfique pour la France. L’Allemagne qui pendant ces dix dernières années, s’étaient faite discrète, notamment sur la question tchétchène, s’est désormais emparée du rôle du Tartuffe, lequel était jusqu’à présent dévolu aux diplomaties française et anglo-saxonne. Si nous ajoutons à cela la fébrilité avec laquelle Angela Merkel veut attirer la Pologne et la Tchéquie dans son “Zollverein”, parallèlement au rapprochement russo-polonais, nous pouvons rêver à la place que pourrait de nouveau tenir la France dans le concert des nations européennes.
La vente des BPC est une étape décisive, comme nous l’avons déjà souligné dans nos colonnes. Elle signifie pour la Russie, à terme, la capacité de construire dans les chantiers navals de Saint-Pétersbourg, les six portes-avions modernes dont elle a déclaré vouloir se doter. C’est donc un coup dur contre la politique de “containment” anglo-saxonne, qui démontre que l’entrée de la France dans le commandement intégré de l’OTAN ne signifie pas nécessairement un alignement pur et simple. Il est encore trop tôt pour dire s’il s’agit là d’une décision motivée par une vision stratégique et dépassant le seul cadre économique. Dans tous les cas, nous ne pouvons que nous réjouir de voir la France renouer sans complexe avec la grande politique.
Xavier Moreau
Photo : maistrance.free.fr

Xavier Moreau
















4 commentaires sur "BPC et Khodorkovski, le gouvernement français à l’école de la Realpolitik"
Ah, ce que vous dites fait rêver … en espérant qu’il ne s’agira pas uniquement de commissions diverses mais bien d’un timide retour de la France dans la cour des grands ! Retour qui s’avérera cependant très difficile si on ne recommence pas très vite à former les ingénieurs (civils et militaires) dont on aura besoin dans le futur, au lieu de faire tourner à plein régime les “usines à chômeurs”.
“Il est encore trop tôt pour dire s’il s’agit là d’une décision motivée par une vision stratégique et dépassant le seul cadre économique”
Pardonnez mon pessimisme, mais en France il n’existe plus beaucoup de “vision stratégique”. Je penche pour la décision économique à court terme afin de maintenir les chantiers de l’atlantique en activité et freiner un peu la progression du chômage.
Homonyme…
Le jeudi 5 août 2010 dans la rade de Toulon, le Capitaine de Vaisseau Xavier Moreau de la marine nationale est devenu le troisième commandant du BPC “Mistral”… Bon vent !
Je pense au contraire que vous voyez juste, ce remaniement marque un vrai tournant stratégique.
Nicolas Sarkozy, mal entouré par des conseillers ultra-atlantistes, a fini par mesurer l’impasse d’un suivisme américain eu Europe. Il revient donc naturellement à l’alliance traditionelle continentale que constitue l’axe Paris-Berlin-Moscou. les chiraquiens historiques MAM et Juppé peuvent en témoigner (c’est quand même autre chose que Morin et Kouchner…)
A ce sujet: http://www.lesconversationsfrancaises.fr/un-bouclier-anti-missile-contre-qui/
et http://www.lesconversationsfrancaises.fr/dernieres-nouvelles-de-russie-et-dafrique/