Mayotte, un Lampedusa français

Publié par le 1 avril 2011 dans Articles - 3 commentaires
Afrique du Sud : Bernard Lugan sut ITélé
Ce 31 mars, l’île de Mayotte est devenue le cent unième département français. Un département qui vivra au rythme de l’islam, religion de la quasi-totalité d’une population dont plus de 60 % ne parlent que le malgache ou le swa­hili. Cette décision a pour origine une pro­messe électorale du candidat Sarkozy, appliquée par une loi organique et une loi ordinaire promulguées le 7 décembre 2010. À aucun moment, on n’a demandé aux Français s’ils voulaient de ce nouveau département peuplé de 200 000 musulmans et payer de leurs deniers le coût de cette insolite opération.

C’est d’ailleurs parce que l’issue d’une telle consultation risquait d’aller dans un sens contraire à la volonté présidentielle que l’opération a été faite en cachette. En 1962, quand il fut décidé de donner l’indépendance à l’Algérie et donc d’amputer le territoire français des départements algériens, un référendum sollicita l’accord du peuple français ; de même quand on changea le statut de la Nouvelle-Calédonie. Pour Mayotte, rien de semblable : seuls les Mahorais ont été consultés par référendum. Le 29 mars 2009, ils ont ainsi répondu à 95% “oui” à la départementalisation, 39% du corps électoral s’étant abstenu.

Les Français vont donc découvrir avec stupéfaction qu’à Mayotte, les fêtes musulmanes sont chômées, que les horaires de travail sont alignés sur ceux du ramadan et que leurs compatriotes mahorais qui le demanderont conserveront leur statut personnel, la justice devant alors leur être rendue par des magistrats français, non selon le droit français, mais conformément au droit coutumier ! Certes, celui-ci est appelé à disparaître, mais de manière progressive, et qui sait combien de temps le droit français devra composer avec un statut personnel dérogatoire au code civil et à la laïcité, très proche de la charia, qui prévoit la polygamie ainsi que la répudiation des femmes ? D’autant qu’à Mayotte, il n’y a ni état civil, ni cadastre ; noms et dates de naissance y sont incertains, ce qui va évidemment favoriser l’obtention de faux papiers et donc l’immigration-naturalisation.

Les Français vont rapidement constater que Mayotte est une pompe aspirante pour l’immigration régionale. L’immigration clandestine y est en effet considérable et in­contrôlée, puisque, pour une population estimée à 200 000 personnes, on compte au moins 60 000 clandestins. En 2010, le nombre des reconduites à la frontière y a atteint le chiffre effarant de 26 405, dont 6 000 enfants qu’il ne sera plus possible d’expulser après la départementalisation. Durant les vingt premiers jours de janvier 2011, 40 bateaux ont été interceptés avec au total 2 000 personnes à bord.

Les Comoriennes viennent accoucher à Mayotte d’enfants devenant automatiquement citoyens français, ce qui rend la famille inexpulsable. La maternité de Mamoudzou est ainsi la plus importante de France, avec 7 000 naissances annuelles, 65 à 75 % d’entre elles étant issues de l’immigration clandestine. Les avantages sociaux dont jouissent les Mahorais exercent déjà un attrait irrépressible pour les Comoriens ; or, la départementalisation, qui va progressivement aligner les droits sociaux des Mahorais sur ceux des métropolitains, ne fera qu’augmenter cette attirance.

À ces migrants de proximité s’ajoutent désormais ceux venant de la région des Grands Lacs et de toute l’Afrique orientale. Mayotte va donc servir de porte d’entrée vers la métropole, d’autant plus que les associations de soutien aux immigrés vont désormais y exiger le respect des procé­dures. Les expulsions de masse vont donc devenir impossibles. C’est donc un gigantesque Lampedusa que nos responsables politiques viennent de créer.

Parlons vrai : pour beaucoup, la départementalisation, c’est d’abord l’alignement sur les prestations sociales françaises, puis l’attente des retombées de la manne européenne dès que l’île sera devenue Rup (région ultrapériphérique). Déjà, les revendications se font jour parmi les fonctionnaires et les enseignants d’origine mahoraise, qui exigent la départementalisation du système éducatif au plus tard au mois d’avril, avec l’indexation des salaires, la prime de résidentialisation, comme pour leurs collègues métropolitains détachés, la titularisation des contractuels, la reconstitution des carrières pour l’intégration dans le corps des professeurs des écoles. À terme, le coût annuel de Mayotte pour la France est estimé à environ un milliard d’euros. Le seul budget de l’éducation dépasse les possibi-lités locales de financement. En 2010, 81 506 élèves, dont les clandestins, étaient ainsi scolarisés. Dans le seul domaine éducatif, l’effort annuel de l’État atteint déjà plus de 260 millions d’euros et les besoins ne feront que croître.

L’idée de faire de Mayotte un département français est donc totalement irresponsable. D’autres solutions existaient pourtant, qui permettaient de sauvegarder les spécificités mahoraises et de garantir l’appartenance de l’île à la France. Désormais, il est trop tard. Bernard Lugan, directeur de la revue “l’Afrique réelle”.

Bernard Lugan
www.bernard-lugan.com

Article publié initialement sur Valeurs Actuelles

À propos de l'auteur

Universitaire africaniste, Bernard Lugan aborde les questions africaines sur la longue durée en partant du réel, à savoir la Terre et les Hommes. Pour lui, il convient de parler des Afriques et non de l’Afrique, et des Africains, donc des peuples et des ethnies, et non de l’Africain, terme aussi vague que réducteur. Après plus de trente années d’expériences de terrain et d’enseignement universitaire en Afrique, il fut notamment professeur durant dix ans à l’université nationale du Rwanda, il mène actuellement des activités multiples : édition d’une revue africaniste diffusée par internet (www.bernard-lugan.com), direction d’un séminaire au CID (Ecole de Guerre), conseil auprès de sociétés impliquées en Afrique. Il est également expert pour l’ONU auprès du TPIR (Tribunal International pour le Rwanda) qui siège à Arusha, en Tanzanie.

3 commentaires sur "Mayotte, un Lampedusa français"

  1. Lepoilux 1 avril 2011 à 3:13 · Répondre

    En 1974, Giscard d’Estaing accède à la présidence. Pour satisfaire sa mégalomanie, il décide de “décoloniser”, c’est “tendance”.
    Sauf qu’après de Gaulle et Pompidou, il ne reste plus grand’chose. On lui propose les Comores. Après avoir situé l’endroit sur un atlas de CM2, l’homme le plus intelligent du monde se met en action: un référendum est rapidement bidouillé, les Comoriens n’ayant jamais rien demandé, et ça y est, le superflu Giscard est enfin un décolonisateur, libérateur des peuples de l’oppression occidentale.
    Mais les Mahorais refusent. (Ah, les chalauds)
    Et pour cause, puisque c’est leur sultan qui a appelé la France en 1841 pour mettre une pâtée aux autres Comoriens qui avaient une fâcheuse tendance à trancher des gorges, et au passage, encaisser le prix de la vente de l’Ile.
    Mais la messe était dite.
    Pour autant vous dites, Monsieur Lugan, que l’on n’a pas demandé l’avis des Français pour la départementalisation de Mayotte. C’est vrai.
    Je pourrais vous dire aussi, que l’on n’a pas demandé l’avis des Français pour l’abandon gratuit des Comores au seul but de satisfaire l’ego du plus stupide des présidents d’une république française qui pourtant n’en est pas avare.
    Si je vous comprends, perdre des territoires, c’est bien; en conserver, c’est mal; en gagner, c’est l’horreur absolue. Autant le Roi de Bourges.
    Parce que, souvenez-vous… Anjouan, dont vous redoutez l’invasion des 250 000 habitants, chiffre dérisoire au vu du nombre de nos clandestins et même des délinquants sans papiers régularisés ou des immigrés inassimilables, Anjouan avait fait sécession des Comores et demandé en 1997 son rattachement à la France, comme l’avait déjà fait Mohéli, hypothèses repoussées avec mépris et dégoût par Mr. Jospin, guère contredit par Mr. Chirac; seul le Front National avait approuvé cette démarche qui, selon ce mouvement, aurait eu le bénéfice d’agrandir la France et son espace maritime, et de fixer la population dans l’île au lieu de venir en kwassa-kwassa surpeupler Mayotte ou faire de Marseille la plus forte concentration comorienne de la planète.
    De plus, vous nous dites que les motivations mahoraises sont plus stomacales que spirituelles. C’est possible, mais il serait honnête de dire que des citoyens éloignés mais fidèles, Français depuis plus de 150 ans n’ont accès qu’à moins de droits ou d’avantages sociaux dispensés sans compter à des étrangers; SMIC dérisoire, couverture santé minimale, allocations absurdes, non seulement par rapport à leurs concitoyens de Métropole, mais aussi aux étrangers en situation irrégulière, ce qui traduit inévitablement un sentiment d’injustice, sentiment qui a aussi longtemps existé à la Réunion.
    Aussi, ayant bringuebalé les Mahorais de situations en statuts, de fermeté en faux-semblants, de Territoire rattaché à la Colonie de Madagascar en Territoire d’Outre-Mer, de Communauté Territoriale en Communauté Départementale, enfin, la promesse a été tenue.
    Ah, vraiment, au bal des faux-culs, les cavaliers sont légion.
    Pour finir, Mayotte n’a pas attendu avec tant de patience la départementalisation si longtemps promise pour qu’on l’accuse aujourd’hui d’un ‘Lampedusa” qui perdure depuis la première guerre mondiale et, bien plus, depuis 1962, ce que certains humoristes politiques nomment une “chance pour la France”.
    J’apprécie au contraire le pied-de-nez que nous faisons à l’O.U.A. et au sinistre Président Sambi, qui hurle au charron en oubliant que la France paie ses fonctionnaires pendant que les saoudiens construisent des mosquées.
    Voici, Monsieur Lugan, mes réactions à vos propos. Elles sont épidermiques, vous m’en excuserez.
    Bien qu’étant parfois en désaccord avec vos analyses, je les apprécie d’autant qu’elles nourrissent mes réflexions.
    Dévoué.
    Lepoilux.

    • Yves 2 avril 2011 à 2:44 · Répondre

      Bonsoir, je ne pense pas que l’on puisse résumer la pensée de Bernard Lugan à “bien ou mal de gagner des territoires”. M. Lugan a manifestement des chiffres, et ne fait pas de morale.

      Par ailleurs, sans vouloir interpréter les mots de l’auteur, je pense qu’il faut peut-être resituer cette départementalisation dans son contexte de 2011, notamment sur la question des flux migratoires incontrôlés d’un côté, et des échéances présidentielles de l’autre ?

      Je reconnais toutefois que vous résumez bien les errances de ces administrations “ayant bringuebalé les Mahorais de situations en statuts, de fermeté en faux-semblants, de Territoire rattaché à la Colonie de Madagascar en Territoire d’Outre-Mer, de Communauté Territoriale en Communauté Départementale”. C’est une regrettable spécialité française que de traiter avec un certain mépris les peuples qui nous sont fidèles…

  2. FRANCOIS JOURDIER 7 avril 2011 à 3:20 · Répondre

    Pour Lepoilux. J’étais dans la région de 72 à 73, ce n’est pas la France qui a poussé à l’indépendance des Comores, ce sont les Comoriens qui l’ont demandée comme le montre d’ailleurs le referendum. Il est vrai qu’on n’a rien fait pour l’empêcher. La France n’avait rien fait aux Comores et était assez satisfaite de s’en débarrasser. L’erreur a été de sortir Mayotte de l’archipel sans lequel elle ne peut vivre. D’autre part vous aurez beau faire, le mode de vie de cette île musulmane n’a rien à voir avec celui des Français. D’ailleurs Marcel Henry, futur sénateur, à l’origine de la sécession Mahoraise voulait la départementalisation et le maintien du mode de vie mahorais en vertu de l’article 75 de la Constitution. Le beurre et l’argent du beurre. La départementalisation n’avait jamais été promise.Vous conviendrez quand même que faire tout en cachette pour éviter un referendum au résultat douteux n’est pas démocratique.

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