Communiqué de Bernard Lugan, 11 avril 2011
En quatre mois de crise, Laurent Gbagbo n’aura commis qu’une seule véritable erreur politique, celle de déclarer la guerre à la France. Elle lui fut fatale. Revenons sur les trois jours qui firent basculer la Côte d’Ivoire afin de bien comprendre comment l’histoire s’est subitement emballée.
- Le samedi 9 avril, la zone de l’hôtel du Golf fut bombardée par les partisans de Laurent Gbagbo ce qui signifiait donc qu’ils disposaient encore de ces « armes lourdes» que la France avait pour mandat de réduire au silence afin de protéger les populations civiles.
- Le dimanche 10 avril, et bien que le camp Gbagbo eut dénoncé ces bombardements comme étant une provocation, les hélicoptères de la force Licorne attaquèrent la résidence présidentielle où ils détruisirent plusieurs véhicules armés. Les partisans de Laurent Gbagbo demandèrent alors aux miliciens de s’en prendre directement aux soldats français. A partir de ce moment, la force Licorne fut dans une impasse. Elle risqua même d’être aspirée dans un engrenage incontrôlable car le camp Ouattara la poussait à intervenir plus directement, cependant que le camp Gbagbo guettait son moindre faux pas pour pouvoir crier au néocolonialisme. Pour l’état-major français la priorité fut dès lors de sortir rapidement de ce double piège.
- Le lundi 11 avril, la solution fut trouvée par le haut, au terme d’une opération militaire parfaitement menée. Les hélicoptères français procédèrent à des frappes sévères qui réduisirent les derniers défenseurs de Laurent Gbagbo, cependant que d’autres troupes ouvraient le chemin aux forces d’Alassane Ouattara. Ce furent bien ces dernières qui pénétrèrent dans la résidence présidentielle et qui arrêtèrent l’ancien président. Mais sans le fort « coup de main » français, elles en auraient été incapables.
L’arrestation de Laurent Gbagbo ne doit pas faire oublier que la Côte d’Ivoire est coupée en deux et que toute création d’un gouvernement d’unité nationale ne serait que colmatage. De plus, Alassane Ouattara est, qu’on le veuille ou non, arrivé au pouvoir dans les fourgons de l’ancien colonisateur, ce qui ne va certainement pas renforcer son prestige aux yeux des 46% d’Ivoiriens qui ont voté pour Laurent Gbagbo lors du second tour des élections présidentielles.
Bernard Lugan
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Bernard Lugan







1 commentaire sur "Réflexions « à chaud » après l’arrestation de Laurent Gbagbo"
Il est primordial de prendre en compte la dimension ethnico-religieuse dans ce conflit. Néanmoins, n’est-il pas réducteur de se limiter à cette analyse ? En effet, si l’on se limitait aux critères ethnique pour construire des état, un pays comme la France (ou cohabitent catholiques et huguenots, des Basques et des Béarnais dans un même département, des Normands et des Bretons,des Corses etc.) n’aurait jamais vu le jour.
Le peuple ivoirien n’a-t-il pas surmonté un certain moment de son histoire les différences religieuses et ethniques pour se soulever comme un seul peuple pour avoir son indépendance et construire ce nouveau pays indépendant (sans rentrer dans les débats pour savoir si cette indépendance a été gagnée ou offerte par le Général de Gaulle) ?
L’union des différentes ethnies en question au sein d’une société ivoirienne a relativement bien fonctionné jusqu’au début des années 90. Ne pensez-vous pas que les troubles qui ont suivi sont dus avant tout à la crise économique, qui a mis en exergue les conséquences d’une immigration mal gérée et a permit l’exploitation de ce problème par certains partis à des fins électoralistes. En effet, certain partis ont exploité la détresse des fonctionnaires ivoiriens virés suite à la crise, et qui une fois rentrés dans leur villages, ont découvert que les emplois qu’ils pourraient occuper sont occupés par des immigrés qui ont bénéficié d’une distribution généreuse de cartes d’identités ivoiriennes de la part d’Houphouet-Boigny ?