Communiqué d’Aymeric Chauprade

Publié par le 18 juillet 2011 dans Éditoriaux - 9 commentaires
Aymeric Chauprade

Le 1er juin 2011 le Tribunal administratif a annulé la décision Morin à mon encontre. C’est un succès et une première étape vers la restauration des droits des stagiaires de l’École de Guerre et des autres écoles militaires à bénéficier d’analyses libres. Mais le Tribunal n’a pas jugé utile de suivre le commissaire du gouvernement lequel demandait pourtant l’annulation des décisions d’exclusion prises par les directeurs des écoles militaires, dans la suite de l’ordre d’éviction du Ministre.

Constatant l’absence de logique d’une décision qui annule une cause mais en maintient les effets, j’ai décidé de faire appel de ce jugement. Le combat continue donc, sans doute pour plus d’une année encore, et je le mènerai jusqu’au bout, non pour ma personne, car je ne regarde pas en arrière, mais pour nos officiers français auxquels on refuse le droit à l’exercice d’une pensée libre.

Aymeric Chauprade
Lundi 18 juillet 2011

À propos de l'auteur

Professeur de géopolitique et Directeur de la Revue Française de géopolitique et du site www.realpolitik.tv est l’auteur de l’ouvrage de référence « Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire » éd. Ellipses.

9 commentaires sur "Communiqué d’Aymeric Chauprade"

  1. Patxi Sanders 18 juillet 2011 à 10:20 · Répondre

    Cher Monsieur, d’abord bravo pour votre courage et merci pour le combat que menez. Celui-ci dépassant en effet largement votre seule cause et votre unique intérêt personnel.
    De surcroît, sur le plan strictement juridique, il me paraît pertinent que vous fassiez appel de la décision rendue le 1er juin en votre faveur. Sur ce dernier aspect, j’ai été scandalisé par un article paru dans Le Point.fr, une nouvelle fois sous la plume de Jean Guisnel, et intitulé “Le tribunal administratif avalise le renvoi d’Aymeric Chauprade” ! Aussi, ai-je immédiatement réagi par un commentaire qui, bien que modéré, n’a pas été publié sur le site du Point… Je vous prie donc de le trouver ci-après.

    “Jean Guisnel, l’homme qui forme l’opinion et qui déforme le commentaire d’arrêt ?”

    Monsieur Guisnel, je dois dire ma surprise à la lecture du titre de votre article, induisant à comprendre l’exact inverse du sens général à donner à l’arrêt rendu par le tribunal administratif de Paris, le 1er juin dernier, concernant la décision prise par le ministre de la défense d’exclure Aymeric Chauprade de ses fonctions d’enseignement au sein des diverses composantes de formation des militaires.

    Sans doute s’agit-il d’un manque de méthodologie juridique, mais ce titre, ainsi que l’ensemble votre texte, suggèrent que l’arrêt rendu est globalement défavorable à Monsieur Chauprade, alors que la décision attaquée par ce dernier a été annulée par la formation de jugement précitée. C’est bien là le principal par lequel vous auriez dû commencer.

    Quant au moyen appelé « détournement de pouvoir » en droit administratif, qui n’a pas été retenu par le juge et sur lequel vous vous attardez pourtant lourdement, afin de tenter de donner un peu de corps juridique à votre propos, je vous rappelle que, comme son nom ne l’indique pas, il s’agit d’un moyen contentieux relatif au but de l’acte contesté. Il tend donc à soutenir que le but réel de l’acte n’est pas celui que l’acte évoque lui-même. Si les motifs d’un acte sont des données objectives, son but reste éminemment subjectif et, de ce fait, d’une difficulté extrême à prouver. Le minimum de l’honnêteté intellectuelle et journalistique eût été de rappeler qu’il n’était que rarement retenu par juge administratif. Et si le seul souci d’informer correctement vous avait animé, vous auriez aussi pu ajouter « qu’il n’est pas interdit à l’administration qui prend une mesure conformément au but du pouvoir exercé de se préoccuper d’assurer, à titre accessoire, la satisfaction d’un intérêt public étranger à ce but. Si le but principal visé est légal, la préoccupation accessoire ne suffira pas à entacher la mesure de détournement de pouvoir » (René Chapus, Droit administratif général, volume 1, page 1053 de la 15ème édition). Nous sommes exactement là dans le cadre juridique ayant permis de trancher le litige né de l’affaire Chauprade, à cette nuance près – et elle est de taille – que le but principal visé par le ministre, c’est-à-dire l’exclusion de Monsieur Chauprade, n’était pas légal, comme l’établit l’arrêt que vous tentez de commenter.

    Quant au seul intérêt que présente ce jugement, il est regrettable, une fois encore, que vous ne l’ayez souligné. Il se trouve en effet dans la bien surprenante définition de l’obligation de réserve que comporte cet arrêt. En effet, l’obligation de réserve d’un fonctionnaire consiste non à se taire au sujet de renseignements qu’il pourrait détenir relativement à l’administration ou à des administrés (là, nous sommes dans le champ de l’obligation de secret et de discrétion), mais à faire preuve de modération dans « l’extériorisation » (René Chapus) de ses convictions personnelles. Manifestement, les pages contestées du livre de Monsieur Chauprade ne relèvent pas de l’obligation de secret et de discrétion, puisqu’il ne dévoile aucune information d’ordre administratif. Et pour cause ! Monsieur Chauprade se contente de présenter une synthèse des arguments, exprimés par divers biais, contestant l’explication des attentats du 11 septembre 2001 donnée par le gouvernement des Etats-Unis. Comment donc Monsieur Chauprade a-t-il pu enfreindre son obligation de réserve en rapportant des propos qui ne sont pas initialement les siens et au sujet desquels il prend soin de souligner qu’ils constituent « une hypothèse qui ne manque pas d’arguments, à défaut de forcément convaincre » ? Un exercice de haute tenue casuistique attendrait donc, à terme, nos conseillers d’État, si cette affaire devait se poursuivre, et que le juge administratif suprême de notre pays décidait de ne pas revenir sur les éventuelles décisions concernant l’obligation de réserve des juridictions qui lui sont subordonnées…

  2. Pierre-Charles aubrit saint Pol 20 juillet 2011 à 9:31 · Répondre

    Cher Monsieur,
    Ce contre quoi vous luttez est un bloc constitué depuis les Siècle des Lumières… Certes, je pense que vous pouvez et devez gagner… Mais il y a tant de leviers que vous prenez le risque d’être toujours plus marginalisé; quoiqu’il en soit je vous soutiens, car sur les principes votre combat est juste; et il faut bien qu’il y ait des résistants ne serait-ce que pour maintenir un filtre d’air pur.
    Courage, Pierre

  3. Aymeric Chauprade 20 juillet 2011 à 6:43 · Répondre

    Merci pour vos appuis !

    Un grand merci en particulier pour l’article du “juriste” plein de bon sens et de bonnes idées juridiques.
    J’ai apprécié la réponse du berger à la bergère à propos de ce M. Guisnel “qui forme l’opinion et déforme le commentaire d’arrêt”

  4. Salamine 20 juillet 2011 à 10:01 · Répondre

    Bravo pour votre independance d’esprit et votre courage.

  5. petit 25 juillet 2011 à 8:51 · Répondre

    Bravo pour ce succès, et pour la position que vous prenez pour la suite. Par votre exemple vous encouragez ceux qui sont réticents pour se battre. Merci et bon courage.

  6. Myshl 4 août 2011 à 1:32 · Répondre

    La géopolitique impertinente n’a plus/pas sa place dans les écoles militaires. Les pouvoirs s’épuisent à scribouiller une histoire, au brouillon, et ne peuvent supporter que l’Histoire puisse s’écrire sans glorifier le génie officiel des “décideurs”, sans que des conclusions utiles et rentables ne s’imposent aux échéances programmées, dont électorales. On continuera donc d’enseigner dans nos “collèges” et “écoles”, non pas comment comprendre mais quoi comprendre. Seuls les officiers ouverts et curieux répondent à de Gaulle et s’enrichissent d’une culture générale, pas nécessairement “de général”, qui est la véritable école du commandement. On continuera donc de se satisfaire, et satisfaire les pouvoirs, d’enseigner sur les bancs scolaires les vérités officielles, les schémas pré-mâchés, donc d’inoculer une “culture militaire” autarcique et nombriliste, de caste(s) ou de “système”, confite de certitudes mais pauvre de convictions, l’école de l’obéissance. Quant à ceux qui se satisfont des oeillères, qu’ils se souviennent qu’une carrière n’est jamais qu’un trou, que pour servir la France il faut s’élever, donc élever sa culture et sa conscience, pour s’ouvrir à tous les possibles, quand il suffit pour servir, seulement “servir”, de se satisfaire d’obéir.

  7. la tribune 5 août 2011 à 11:55 · Répondre

    Lorsque votre éviction du CID m’a été rapportée, j’ai d’abord cru à une mauvaise blague.
    Cependant, après quelques réflexions, cela semblait plutôt logique.

    Je connaissais comme vous plutôt assez bien les “manoeuvres” annuelles de refonte de l’enseignement général de défense pour comprendre que la recherche de la stabilité dans l’enseignement n’était pas désirée. Tout au contraire, il était de bon ton de caler cet enseignement sur les désirs et volontés de généraux du collège. (désirs et volontés eux-mêmes soufflés par l’EMA, etc.)

    Nous avons encore vous et moi à l’oreille les conseils de prudence de monsieur Thual. Il connaissait son sujet sur les bouts des doigts et malgré la pertinence de ses analyses recueillies pendant un déjeuner, elles ne franchissaient pratiquement jamais l’entrée de l’amphi Foch.
    Celui qui s’exprime librement dans une enceinte militaire effraie et offusque le frileux, l’animal politique, l’officier carriériste timoré, le stagiaire étranger qui ne saisit pas toujours toutes les subtilités de vos analyses et de la langue française, etc.

    Enfin, êtes vous : affilié à quelques groupes “bien pensant” ; franc-maçon de la loge idoine ; entouré “d’amis” politiques bien placés ? Bref, “grenouillez-vous” monsieur Aymeric Chauprade ? La réponse semble clairement non.

    Je vous trouve courageux dans votre démarche actuelle et je vous souhaite bien du courage dans votre entreprise de réhabilitation.
    Néanmoins, je ne vous souhaite pas de rejoindre la nouvelle équipe de “l’école de guerre”, le pourcentage de pisse-froid, hypocrites, etc. y est toujours, selon mes sources, élevé.

    Amicalement, votre voisin dans le couloir d’EG : le laborieux civil de la défense qui appréciait l’exemplaire géopoliticien que vous êtes.

  8. Warden 25 août 2011 à 12:59 · Répondre

    Bonsoir,

    En ce 24 août, je vous ai écouté sur la radio libre du pays réel, sans en perdre une miette, en regrettant sincèrement que l’émission s’arrête à 21h, vous avez l’art de capter l’attention. Un peu plus tard, j’ai commencé à regarder « C dans l’air », mais vu le niveau de qualité j’ai très vite j’ai abandonné pour me rabattre sur un western. Comme j’ai enregistré votre duo avec E. Ratier, j’aurai tout le loisir de vous réécouter et je me coucherai moins bête. Merci à vous.

    Warden

  9. grandjean pascal 26 août 2011 à 12:41 · Répondre

    Bravo monsieur Chauprade, je vous ai entendu sur Radio Courtoisie ds l’émission de E Ratier, j’acheterai votre “chronique” dès sa sortie en librairie en septembre. je pense tout comme vous que la liberté d’opinion doit se défendre pied à pied (c’est dire le progrès j’ai été objecteur de conscience mais ne le regrette pas néanmoins).
    Vos analyses sur votre site comme celles de Bernard Lugan sur les pays africains en général me semblent frappées au coin du bon sens en général , il importe donc de vous écouter davantage et non de vous bâillonner.
    Modeste professeur contractuel de Lettres histoire Géographie en lycée professionnel (mais voyageur attentif) dont l’inspection académique a voulu se débarrasser, j’ai tout loisir de me cultiver et de voyager.
    Comme vous j’ai assigné courageusement sans autre avocat que moi même le rectorat de Versailles au tribunal administratif et j’ai eu gain de cause en 2006 (pour une affaire d’honneur et de prétendus trop payés en 2003). Presque 3 ans à écrire à des administrations dignes de Kafka.

    “il faut avoir un chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse” Nietzsche.

    Les médiocres font ce qu’ils peuvent cad pas grand chose mais ils sont nombreux, c’est le coeur du problème.

    Salutations à vous et à votre esprit indépendant et caustique.

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