Égypte : du « printemps arabe » à l’hiver chrétien

Publié par le 18 octobre 2011 dans Articles - 2 commentaires
Égypte : du « printemps arabe » à l'hiver chrétien
Bernard Lugan

Bernard Lugan

Pour les Coptes, le « printemps arabe » s’est vite transformé en un « hiver chrétien », à telle enseigne qu’il est possible de se demander s’ils pourront survivre dans leur propre pays.

Les 6 à 10% d’Égyptiens coptes sont les ultimes survivants de l’ancienne chrétienté égyptienne qui rassemblait quasiment 100% de la population avant la conquête arabo-musulmane du VII° siècle. Aujourd’hui, en dépit des discours lénifiants de certains responsables politiques et religieux, ils subissent un véritable apartheid. Ils sont en effet considérés comme des étrangers, la fonction publique leur est de plus en plus fermée et il leur est de plus en plus difficile de faire de la politique, ou du moins de briguer avec une quelconque chance de succès des mandats électifs.

L’actuelle vague de violences anti Copte a commencé à Alexandrie, dans la nuit du Nouvel An à l’église des Saints, quand une bombe explosa en plein office, faisant 21 morts et 80 blessés.

Depuis la chute du président Moubarak, la violence anti chrétienne a pris la forme de véritables pogroms, les Coptes subissant des exactions quotidiennes et plusieurs de leurs églises ayant été attaquées ou incendiées.

Ce qui s’est passé le dimanche 9 octobre au Caire marque cependant un tournant dans la persécution que subit cette communauté. Ce fut en effet l’armée, pourtant théoriquement gardienne de l’ordre et chargée de les protéger qui a froidement massacré les manifestants coptes protestant contre l’incendie d’une de leurs églises. Lançant dans une foule pacifique ses véhicules blindés à pleine vitesse, elle broya 24 personnes et en mutila 200 autres. Face à ce massacre d’Etat les médias officiels ont menti, faisant croire aux Égyptiens que les Coptes avaient attaqué l’armée, laquelle s’était donc trouvée en situation de légitime défense.

Pourquoi de tels mensonges, pourquoi de tels évènements ? La réponse est hélas claire : le total échec du prétendu « printemps arabe » étant désormais une évidence, les dirigeants officiels ou officieux de l’Egypte sont dans une impasse politique, économique et sociale cependant que les islamistes sont en embuscade. Ils cherchent donc un bouc émissaire afin de tenter de lui faire porter la responsabilité de la situation. Les Coptes vont donc jouer ce rôle…

La tragique situation de cette communauté semble moins émouvoir le président de la république française que les islamistes de Benghazi au bénéfice desquels il a fait intervenir l’armée française…

Bernard Lugan (11/10/2011)
www L’Afrique Réelle

Histoire du Maroc : des origines à nos jours, de Bernard Lugan

Photo : l’église copte d’Assouan. Auteur : Thomas Favre-Bulle (Flickr), image sous licence libre

À propos de l'auteur

Universitaire africaniste, Bernard Lugan aborde les questions africaines sur la longue durée en partant du réel, à savoir la Terre et les Hommes. Pour lui, il convient de parler des Afriques et non de l’Afrique, et des Africains, donc des peuples et des ethnies, et non de l’Africain, terme aussi vague que réducteur. Après plus de trente années d’expériences de terrain et d’enseignement universitaire en Afrique, il fut notamment professeur durant dix ans à l’université nationale du Rwanda, il mène actuellement des activités multiples : édition d’une revue africaniste diffusée par internet (www.bernard-lugan.com), direction d’un séminaire au CID (Ecole de Guerre), conseil auprès de sociétés impliquées en Afrique. Il est également expert pour l’ONU auprès du TPIR (Tribunal International pour le Rwanda) qui siège à Arusha, en Tanzanie.

2 commentaires sur "Égypte : du « printemps arabe » à l’hiver chrétien"

  1. MBM 18 octobre 2011 à 3:05 · Répondre

    La chute de Moubarak ne fut possible que par la présence majoritaire des coptes sur la place Tahrir dès les premiers instants, profitant du déboulement sur la scène tunisienne d’une révolution qui profita assez vite aux manifestants par le retrait de l’armée de Ben Ali, pour en reprendre le flambeau à l’égyptienne. On pourrait même prétendre que sans eux, les événements ainsi connus n’auraient sans doute jamais eu lieu. Des messes y étaient fréquemment célébrées. D’ailleurs, en dehors d’une révolte pour le pain, politiquement, qu’avaient donc à revendiquer la population musulmane? Alors que les coptes avaient d’excellentes raisons de contester la manipulation des heurts passés par le régime militaire de Moubarak, que plusieurs dignitaires dénonçaient de surcroît régulièrement, en plus (comme vous le soulignez justement) de l’ostracisme à leur encontre en leur déniant l’accès aux fonctions publiques et à l’éligibilité.

  2. Guy Féquant 27 novembre 2011 à 8:04 · Répondre

    D’après le prêt-à-penser dominant,les musulmans européens seraient dans leur immense majorité des démocrates zélés convertis à la liberté de conscience et de culte….On attend donc avec intérêt la réaction de la Mosquée de Paris et du CFCM en faveur des Coptes…Notons que les instances musulmanes ont condamné récemment les violences faites aux chrétiens irakiens,mais à ma connaissance aucune n’est allée jusqu’à demander l’égalité de statut de toutes les religions…. Et le pire du pire est qu’aucun journaliste occidental n’ose soulever cette question, tant le carcan de la bien-pensance est devenu absolu ! Nos sociétés entrent peu à peu en dhimmitude….En 1980, la généralisation des abattages rituels et de l’insoutenable cruauté qu’ils impliquent aurait déchaîné la colère du Nouvel Obs,des écolos,de Télérama,du Monde,etc…Aujourd’hui,omerta totale sur la question !

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