
Susan Rice, 27ème ambassadrice américaine auprès des Nations unies
L’échec de la résolution occidentale contre la Syrie porte un nouveau coup sévère a l’imperium américain. Contrairement à la Serbie en 1999 et à l’Irak en 2003, l’administration américaine ne peut passer outre le droit international. La colère impuissante de Susan Rice témoigne du délabrement de la position de l’ex-puissance mondiale sur la scène internationale. Le discours moralisateur, tenu par la diplomatie américaine ces vingt dernières années, n’émeut plus que la presse occidentale. Les États-Unis de Barack Obama ne sont plus ceux de Bill Clinton, ou la planification et l’exécution d’une épuration ethnique, comme celle des Serbes de Krajina, pouvaient se dérouler sans éveiller la moindre opposition internationale sérieuse.
Les États-Unis récoltent aujourd’hui les fruits de 20 ans d’une politique étrangère cynique et contre-productive. La servilité de la presse occidentale a perdu de son intérêt, tant les populations européennes ne lui font plus confiance. Certes, les régimes islamistes et islamo-mafieux mis en place en Bosnie et au Kosovo, le soutien aux terroristes dans le Caucase et désormais aux Frères musulmans dans les pays arabes, n’ont pas ému les opinions publiques occidentales. Cependant, pour la Chine et la Russie, l’ « Islamérique » est une menace parfaitement prise en compte, non seulement en politique étrangère mais également en politique intérieure.
La Russie, au bénéfice de ces crises arabes, a fait passer un message clair. Elle soutiendra toujours ses alliés loyaux. La Syrie peut se féliciter aujourd’hui de n’avoir pas eu de comportement ambigu avec son puissant allié. En 2010, l’Iran avait fait les frais de son rapprochement avec la Turquie et la Russie avait laissé agir alors le Conseil de Sécurité de l’ONU contre Téhéran. En ce qui concerne Kadhafi, ses atermoiements avec l’Occident en avaient fait un partenaire douteux aux yeux de Moscou. Ce dernier a signé sa chute, le jour ou il a souhaité devenir l’allié des Occidentaux, comme tous ces « visionnaires » que furent le shah d’Iran, le général Noriega, Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, Laurent Gbagbo…
Les futurs potentats mis en place dans les pays nouvellement conquis par l’OTAN feraient mieux de se rapprocher de la Russie, car comme Moubarak ou Ben Ali, ils sont remplaçables, jugeables et condamnables.
Xavier Moreau

Xavier Moreau
















6 commentaires sur "Multipolarité 1 — OTAN 0"
passionnant. merci pour ce regard décalé. et empreint d’espoir.
l’épuration ethnique des serbes de Krajina ? c’est une région croate dont les habitants légitimes ont été de même épurés par les serbes tchetniks et l’armée fédérale…
slobodan milosevic un visionnaire ?? et pourquoi pas un chic type ?
qui a envoyé l’armée fédérale yougoslave avec ses avions, ses chars et l’artillerie sur les civils croates ?
Merci de votre intérêt.
Les Serbes habitaient la Krajina depuis le XVIème siècle ou ils avaient été invités par les Habsbourg pour constituer une marche militaire contre les Ottomans.
Le but de cet article n’est pas de prendre partie pour les Serbes ou les Croates dans cette guerre civile qui était évitable selon moi. Il s’agit de montrer que le prétexte moral américain ne tient pas l’analyse des faits. Les motivations sont autres, souvent cyniques et vont contre les intérêts des peuples européens. Les offensives croates de 1995 auraient été impossibles sans le soutien massif de l’aviation américaine et sans l’abandon des Serbes de Krajina par Milosevic. Cette épuration n’est d’ailleurs pas contestée par la Croatie qui autorise les déplacés a voter même si leur retour n’est toujours pas une réalité.
Le mot “visionnaire” était bien sur ironique de ma part, il s’agissait de démontrer que les potentats qui ont place leur confiance dans “l’ami américain” se sont toujours fait avoir.
Xavier Moreau
Bonjour. Qu’entendez-vous par “politique étrangère cynique et contre-productive”, précisément ?
Merci pour votre intérêt.
Je parle des alliances avec les groupes islamistes et islamo-mafieux, qui à terme, discréditeront la position américaine dans le monde. Les trafics d’organes au Kosovo sont l’exemple le plus criant.
Triste exemple de “politique étrangère cynique et contre-productive” à l’occasion des déclarations de notre (!) président sur le gouvernement qu’il veut pour la Syrie.
Coup de gueule salutaire sur la page http://www.legrandsoir.info/mais-quels-principes-guident-hollande-en-politique-etrangere.html