Les élections russes ou le rejet de l’Occident

Publié par le 5 décembre 2011 dans Éditoriaux - 24 commentaires
Les élections russes ou le rejet de l’Occident
Xavier Moreau

Xavier Moreau

Les élections législatives marquent à n’en pas douter, un ancrage définitif de la Russie dans un modèle de développement démocratique autonome, éloigné des influences occidentales. La baisse de Russie Unie était prévisible tant le résultat de 2007 fut exceptionnel, avec plus de 60% des voix. Le parti au pouvoir conserve une confortable avance sur ses rivaux. L’importance de ces élections n’est pas dans cette baisse de Russie Unie, qui n’empêchera pas, de toute façon, Vladimir Poutine de gouverner pendant son prochain mandat. Ce qui compte avant tout, c’est le rejet massif de l’influence occidentale par le peuple russe. Les moyens engagés par les ONG américaines l’auront été en pure perte. Même à Moscou, le parti Yabloko, considéré comme le plus libéral, recueille à peine 10%. La nouvelle classe moyenne russe ou les milieux populaires, lorsqu’ils n’ont pas voté Russie unie (49,7%), ont voté communiste (KPRF : 19,15%), Russie Juste (parti proche de Russie Unie : 13,16%) ou pour les ultra-nationalistes de Vladimir Jirinowski (LDPR : 11,7%). Au total, plus de 90% du corps électoral russe rejette l’influence occidentale.

La Russie semble définitivement guérie de son engouement pour le modèle occidental du début des années 90. Le modèle consumériste, si visible à Moscou, n’est pas venu à bout à bout de l’âme russe. Les trois millions de fidèles qui ont défilé devant la ceinture de la Vierge dans toute la Russie, attendant pendant des heures, la nuit et dans le froid sont là pour en témoigner. Les Russes, soutenus en cela par leurs élites reconstruisent leur identité autour du christianisme, ce qui est également une rupture nette avec l’Occident ou la laïcité militante est devenue religion d’État.

Absence de partis pro-occidentaux à la Douma, reconstruction de l’identité russe autour du christianisme, piété populaire, refus de l’affrontement civilisationnel, interdiction du prosélytisme homosexuel, c’est le modèle européiste au complet qui est rejeté par le peuple russe et ses élites dirigeantes. Paradoxalement, c’est un modèle de développement qui pourrait inspirer les sociétés européennes enfoncées dans une crise autant économique que morale.

Xavier Moreau

Crédit photo : moacirpdsp (creative commons)

À propos de l'auteur

Saint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d'un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Fondateur d'une société de conseil en sûreté des affaires, installé en Russie depuis 12 ans, travaillant également sur l'Ukraine, le Kazakhstan et la Serbie.

24 commentaires sur "Les élections russes ou le rejet de l’Occident"

  1. carrelli 5 décembre 2011 à 5:00 · Répondre

    Excellent article qui reflète ce que beaucoup de responsables de cabinets d’intelligence économique et de sécurité avaient prévu.
    Pour mieux comprendre les enjeux stratégiques qui sont en train de se mettre en place je conseillerais pour ma part l’essai “détonnant” d’Alain Soral “Comprendre l’empire”, un fois lu vous comprendrez tout de l’origine de la crise et de ses conséquences géo-stratégiques demain….

  2. MBM 5 décembre 2011 à 5:59 · Répondre

    Je partage la clairvoyance de votre analyse. C’était assurément mon avis ce matin lorsque j’ai découvert les résultats. Vous m’avez pris de court dans la rédaction, mais vous êtes mieux placé et avez le fuseau horaire à votre avantage, hé hé. Si j’ai bon souvenir, déjà en 2008, on signalait la présence d’une armada de 40000 ONG sur le territoire russe. Et malgré cela… Moscou devient progressivement le phare de la démocratie moderne (inédite), car la démocratie séculière de marché a vécu (que son âme reste au purgatoire pour l’éternité), plus beaucoup d’Européens la partagent en ces temps troublés. Une nouvelle forme de société prend corps à son rythme en Eurosibérie, qui sera l’attrait de l’Eurasie voire un pôle d’attraction pour l’Amérique du Sud et l’Afrique. Il est dans l’intérêt de l’UE qu’elle ne s’atermoie plus indéfiniment dans son choix de destin car son utopie d’Empire mercantile assujetti aux aléas des marchés débridés prend l’eau avant même de le mettre bas, car l’intégration centralisatrice des régions fédérées (qui ne dit pas encore son nom) est invivable puisque d’emblée insuffisamment préparée. L’Europe sera prochainement contrainte de regarder vers l’Est; j’espère qu’elle saura faire le juste choix, orienter son regard sous le bon angle d’ouverture entre cette nouvelle démocratie slave très prometteuse et le totalitarisme économique chinois qui pourrait connaître de sérieux remous sociétaux de par son imbrication économique devenue trop intime avec l’Occident américain. De plus en plus d’Européens se tournent vers la Russie en tant qu’individus; l’apprentissage de la langue russe qui explose d’année en année l’atteste. Un tel engouement des occidentaux pour la Russie (même au sein de l’empire US), verra sans doute, dans le futur, la solidarité entre toutes ces individualités se muer en groupes d’intérêt d’influence médiatique puis en formations politiques pour présenter intra-muros, à la majorité, ce choix stabilisateur et honorable.

  3. vilistia 6 décembre 2011 à 3:47 · Répondre

    Bonjour,

    Merci pour la sobriété de vos papiers et pour lucidité au regard de la russophobie distillée dans notre presse française.

  4. mehdi 6 décembre 2011 à 9:19 · Répondre

    clair , net , précis , véridique . La stratégie droit de l’hommiste occidental ne prend pas en Russie malgré ce qu’en disent les médias soumis au systéme .

  5. Féquant Guy 7 décembre 2011 à 8:34 · Répondre

    Cet article ne manque pas de clairvoyance mais l’auteur pousse le bouchon un peu loin… Quelques nuances s’imposent…Ce qui me frappe surtout dans ces élections, c’est que personne,ni en Russie ni en Occident, ni chez les russophiles ni chez les russophobes, n’insiste sur le véritable cancer qui mine l’avenir du pays:celui du déclin démographique. C’est d’ailleurs la même chose quand on parle de l’Allemagne ou de l’Italie…Et pourtant, il y va de la survie de notre civilisation…Osons prendre à rebrousse-poil le prêt-à-penser médiatique : l’avenir démographique de cette “Eurosibérie” dont parle un internaute est la seule question qui importe. Le reste, y compris la crise économique: l’écume des jours…

  6. Shqipëria 7 décembre 2011 à 11:01 · Répondre

    Cela fait du bien de lire une telle analyse globale sur ce qui vient de se passer en Russie. Il faut dire que “nos” médias, à les en croire, ne focalisent que sur des incidents dont on ne donne à connaître ni l’alpha ni l’oméga.
    La seule partie que je regrette et dénonce fortement dans l’état actuel de la société russe est cette homophobie dont elle n’arrive pas à guérir. Donner à croire que seul le modèle occidental peut et souhaite promouvoir ce fait humain n’est pas acceptable. La période communiste n’aura rien arrangé. Bien à vous.

  7. Charbel 8 décembre 2011 à 3:11 · Répondre

    Votre analyse est très intéressante. C’est consternant de voir le bloc américaniste occidentaliste “s”accrocher” à une minorité pour faire croire à un soulèvement populaire. Dans le “cas” de la Russie, Russie Unie a obtenu 49% (soit plus de 30 millions de Russes). Les médias occidentaux commencent à faire croire à un soulèvement populaire du Peuple de Russie. Les médias parlent de 3000 Russes qui manifestent contre les résultats des élections. En effet ce chiffre est ridicule à coté des millions (majorité écrasante) de Russes ayant refusé le libéralisme occidental. Cette situation est extrêmement ridicule et pathétique. Les médias occidentaux ne font que de la propagande. Les dirigeants us/européens sont tombés très très très bas. On voit bien que l’Europe est dirigée par des incompétents et des faiseurs de guerre.
    Vive la Russie et vive Vladimir Poutine.

  8. Nicolas Jaisson 9 décembre 2011 à 10:54 · Répondre

    Xavier Moreau idéalise un peu trop la société russe: le retour des valeurs chrétiennes dans la société civile reste une fiction dans un monde dominé par l’arbitraire de l’Etat tout puissant et une corruption omniprésente qui rend très difficile le développement du capitalisme privé. C’est tellement vrai que les jeunes Russes n’ont qu’une idée en tête: quitter le plus rapidement possible leur pays pour trouver un emploi en Occident malgré les difficultés de la crise. Voir à ce sujet le récent sondage publié par Vedomosti: http://www.vedomosti.ru/newspaper/article/261903/neuyutnaya_rossiya
    L’auteur semble voir la Russie à travers le prisme déformant des relations entre grandes entreprises d’Etat, particulièrement dans le secteur de l’armement particulièrement choyé par l’Etat russe. Bizarrement il ne mentionne pas que Vladimir poutine lui-même a reconnu que le système du capitalisme d’Etat était dépasse et qu’il fallait trouver d’autres sources de revenus que les matières premières si la Russie voulait un jour rattraper le niveau des pays développés. A cet égard le programme de diversification de l’économie russe initié par Medvedev dans la Silicon Valley reste un échec, principalement en raison de la main mise étatique sur les agences de développement des nouvelles technologies, comme les nano technologies par exemple, frappées de stérilité comme à peu près tout ce qu’entreprend l’Etat russe. Ne serait-ce les apports en technologie de l’Occident, la Russie serait déjà sortie de la course aux armements (la Russie fait partie des premiers clients de l’électronique embarquée d’origine américaine) et incapable de développer par elle-même ses ressources énergétiques. La situation économique en Russie est donc loin d’être aussi favorable que le laisse entendre Xavier Moreau qui oublie également de mentionner que la Russie s’est alignée sur l’occident en ce qui concerne la lutte anti-terroriste transformée en répression tous azimuts, en particulier dans le cyberespace où la liberté d’expression a été purement et simplement supprimée. Il en va de même pour le contrôle des populations concentrées dans des mégapole écologiques (projet onusien Agenda 21) comme le doublement de la taille de Moscou dans un pays aux campagnes complètement désertées. Quant à la politique d’ouverture de la Russie aux compétences étrangères souhaitée par Medvedev, elle reste une pure fiction dans un pays qui réserve jalousement ses maigres ressources en matière d’emplois à ses nationaux.

    • Realpolitik.tv 11 décembre 2011 à 5:51 · Répondre

      Merci pour votre intérêt. Votre commentaire comporte beaucoup de réflexions dont certaines n’ont rien avoir avec mon article. Je vais donc répondre dans un premier temps à ce qui concerne directement mon article.

      Concernant les valeurs chrétiennes, je me réfère à des faits assez concrets que je cite dans mon article. J’ajouterai que depuis 1991, 1700 églises ont été construites et qu’il est impossible de rentrer dans une église orthodoxe le soir de Pâques ou de Noël tant l’église est pleine. Je constate aussi en vivant en Russie que la plupart des Russes se considèrent eux-mêmes comme orthodoxes même s’ils ne pratiquent pas. En outre l’État russe soutient ouvertement la restauration de l’Église orthodoxe. Je maintiens donc qu’il y a une reconstruction de l’identité russe autour du christianisme.

      Je vais maintenant répondre aux arguments qui n’ont rien à voir avec mon article :

      Concernant la volonté des jeunes russes de partir et du problème démographique, j’ai déjà plusieurs fois répondu sur ces questions je vous renvoie donc sur le blog DISSONANCE d’Alexandre Latsa où vous pourrez trouver des analyses complètes sur ces questions. Je vous incite cependant à faire preuve de plus de circonspection vis-à-vis des informations tronquées que vous pouvez lire dans la presse française.

      Le succès des entreprises françaises n’est pas lié à la vente des Mistral. Les Français sont très présents dans la grande distribution, l’industrie et la banque depuis longtemps. Il s’est construit en Russie ces dix dernières années plus d’une dizaine d’usines automobiles. Le complexe militaro-industriel russe a été abandonné pendant près de 15 ans et le gouvernement russe en est très conscient, d’où les achats massifs de technologies étrangères. La Russie reste cependant forte dans certains domaines et demeure le second exportateur d’armements au monde. Elle utilise des sous-ensemble provenant d’autres pays comme tous les producteurs d’armes au monde, y compris la France.

      En ce qui concerne Rosnano, vous vous trompez lourdement. Ce groupe est très efficace, possède de gros moyens et a déjà investi dans plus de 3000 PME russes de haute-technologie. Travailler avec cette structure est extrêmement productif.

      Que Poutine veuille renoncer au capitalisme d’État, se trouve dans son discours de 1999, la Russie à l’aube du troisième millénaire. Donc rien de nouveau. La Russie est aujourd’hui bien plus éloignée du socialisme que la France.

      Il n’y a pas de censure internet en Russie. Yandex, le principal moteur de recherche russe a soutenu massivement l’opposition pro-américaine. Aucune loi ne limite l’accès aux sites, contrairement à la France. Où avez-vous pu trouver une idée pareille ???

      En ce qui concerne l’ouverture aux talents étrangers, je vous suggère de regarder l’organigramme des grands groupes russes.

      Enfin en ce qui concerne la corruption, l’originalité de la Russie est que ces questions ne sont pas tabous et que elles sont abordées sur la place publique, d’où leur résonance. Je n’ai quant-à moi jamais éludé le problème. Sachez cependant que les Russes ont désormais accès aux informations internationales et que les affaires Tapi, Lagarde, DSK, Balladur, Sarkozy ne leur sont plus étrangères, et que si vous commencez à leur donner des leçons, vous risquez de devenir l’objet de leur moquerie.

      En conclusion, je vois bien que vous vous efforcez de vous documenter utilement sur la Russie. Malheureusement la presse française ne vous sera d’aucune utilité. Une fois les journaux français passés au numérique, ils ne pourront même plus être utiles à emballer le poisson.

      Xavier Moreau

      • Nicolas Jaisson 12 décembre 2011 à 10:55 · Répondre

        J’ai travaillé en Russie et en Géorgie et je parle Russe donc je sais un peu de quoi je parle, notamment dans le domaine financier. Pour ce qui est de la renonciation des dirigeants russes au capitalisme d’Etat, je vous invite à vous référer à l’article suivant paru aujourd’hui dans la presse russe qui relate les propos tenus par Medvedev et Poutine devant une association d’anciens combattants où ils réitèrent leur volonté indéfectible de reconstruire l’Etat russe socialiste dans toute sa puissance afin de restaurer l’union eurasienne des peuples telle qu’elle était à l’heureuse époque de l’URSS où les peuples vivaient dans la paix et la fraternité. http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2011/11/17_a_3838766.shtml

        Il faut se méfier du double discours des dirigeants russes. Effectivement les déclarations libérales de Poutine à l”occasion de la présentation du programme de Russie Unie à l’horizon 2020 paraissent presque ultra-libérales bien qu’en contradiction parfaite avec les faits comme l’ont prouvé les multiples affaires d’annulation de contrats avec des majors pétroliers américain ou anglais ainsi qu’une remise en question de la libre circulation des capitaux en Russie. Pour ce qui est des investissements étrangers en Russie dans la banque, ils ont été stoppés depuis 2007, date à laquelle les banques ont renoncé à étendre leurs réseaux de succursales du fait des résultats médiocres enregistrés dans la banque de détail (cf les résultats de la SG après le rachat de Rosbank) et de l’impossibilité de développer la gestion de fonds ainsi que les services d’investissement sur le marché russe (cf. le retrait de HSBC des activités de wholesale banking et de private banking). Jusqu’à preuve du contraire, la Russie demeure un pays sans capital prive qui est obligé d’avoir recours aux capitaux étrangers pour financer ses entreprises, et les besoins en financement à long terme des banques russes dont la solvabilité demeure fragile.

  9. Nicolas Jaisson 10 décembre 2011 à 9:24 · Répondre

    Xavier Moreau se contredit avec un de ses articles précédents où il célébrait au contraire l’appétit de consommation des jeunes russes et la montée au pouvoir de la jeune génération formée dans les universités américaines qui allait apporter avec elles les méthodes de gestion dignes d’une économie développée. Malheureusement le pouvoir d’achat stagne en Russie depuis 2007 du fait d’une croissance languissante à la traîne des pays émergents et du reflux des capitaux étrangers inquiets du manque de protection de la propriété privée et des revenus du capital dont les règles fluctuent au gré des choix stratégiques de ceux qui détiennent le pouvoir au Kremlin. Voir à ce sujet les mésaventures arrivées à BP et Exxon. L’économie russe ne dispose pas de capital privé faute d’avoir laissé suffisamment de champ libre aux privatisations et aux marchés financiers, ce qui rend la Russie très dépendante de ses ressources en hydrocarbures d’une part et du financement à long terme que seul les banques étrangères sont capables de fournir. Il en résulte une situation budgétaire très fragile à la merci des cours du pétrole et des capacités de financement de l’économie russe par le capital étranger. Cette situation est pour le moins étrange de la part d’un pays qui revendique fièrement son indépendance par rapport à la super puissance hégémonique anglo-saxonne, alors que ses gouvernants font tout au contraire pour accentuer la dépendance technologique et financière de leur pays vis à vis de l’Occident, une situation qui n’a cessé de perdurer depuis la révolution bolchevique.

    • Xavier Moreau 12 décembre 2011 à 6:27 · Répondre

      Bonjour et merci pour votre intérêt,

      Il est important de différencier investissement direct en Russie et spéculation boursière. En ce qui concerne l’investissement direct il est en augmentation constante depuis 12 ans. Pour ne prendre que l’exemple de la France, Renault-Nissan en est déjà a sa quatrième usine en Extrême Orient russe, cette fois, Peugeot serait sur un deuxième projet, Alstom a réalisé son plus gros investissement à l’étranger de ces 15 dernières années en Russie, Air Liquide se développe dans toutes les villes de Russie… Il s’agit la de quelques exemples. La présence allemande et italienne est également massive, bien plus que la présence française. En ce qui concerne l’investissement boursier, celui auquel vous faites doute allusion, il est en effet très lié au prix des hydrocarbures. Les sociétés de matières premières constituent en effet l’essentiel de la capitalisation boursière du RTS. Cela est donc très fluctuant mais le va et vient des capitaux dans ce cas n’a pas d’impact réel sur l’économie russe.
      En ce qui concerne la croissance, tout est relatif, la France se conterait bien d’un petit 4,5% pour l’année 2011. Je vous rappelle également qu’en PIB par rapport au pouvoir d’achat la Russie est 6eme et la France 9eme… Cela est du notamment au fait que la plupart des Russes en province sont propriétaires de leur appartement et que l’eau, le chauffage, l’électricité et l’essence sont bon marché en Russie.
      Les cas que vous évoquez de BP et d’Exxon, concernent une activité économique stratégique majeure ou la raison d’État aura toujours le dernier mot en faveur de la partie russe. Pensez-vous que l’État français laisserait un fond russe prendre le contrôle de TOTAL et en faire ce qu’il veut ?
      Sur le financement de l’économie russe, vous faites fausse route. Le problème qui est apparu en 2008 était au contraire que les revenus pétroliers de l’État russe étaient placés à faible taux dans les banques étrangères et que les entreprises russes devaient y emprunter ensuite pour se financer a plus de 2 points supplémentaires. La crise a permis à l’État russe d’utiliser ses réserves pour nationaliser la dette de ses entreprises qui se financent maintenant auprès des institutions bancaires russes.
      La Russie achète en effet beaucoup de technologie étrangère pour rattraper son retard. La Chine est devenu la première industrie mondiale en en faisant autant…

      • Nicolas Jaisson 12 décembre 2011 à 11:20 · Répondre

        Je m’étonne aussi de vos affirmations comme quoi la presse russe serait une référence en matière de liberté d’expression. C’est un peu fort de café si l’on songe à la longue liste des journalistes russes abattus froidement dans la rue et pas seulement les correspondants des journaux sponsorisés par des publications occidentales comme Forbes ou Business Week, mais en général tous ceux faisant preuve d’une certaine liberté de ton vis à vis du pouvoir. Vous passez aussi sous silence les razzias policières destinés à faire taire les blogs contestataires sous prétexte que leurs licences Windows ne sont pas à jour ou les récentes dispositions législatives destinées à contrecarrer la propagation des propos qualifiés d’extrêmistes sur le Net, dans la foulée des recommandations de la Commission européenne pour faire taire la presse alternative. Si bien que la presse russe contestataire sur Internet a presque totalement disparu du fait de la surveillance étroite du FSB.

  10. Jean René Godart 11 décembre 2011 à 11:28 · Répondre

    On peut avoir de l’amour pour ce pays et rester réaliste quand on doit écrire un papier sur ce même pays.
    Pour ma part, je me pencherai sur la réindustrialisation de la Russie :
    - L’état met des sommes folles dans l’aviation => Ils seront bel et bien doublés par les chinois (le MS21 est un gouffre)
    - L’industrie laitiere russe est soit la proprieté de Pepsi soit de Danone.
    - Aucune constructuer russe ne tire réellement profit de la croissance interne du marché auto. Si Renault pouvait agir réellement sur AVTOVAZ Togliatti serait 3 fois plus petite.

    Je ne vois pas de réussite industrielle majeure et récente qui ne soit pas lié aux matières premières.

    Je me demande si Poutine se maintiendra…. L’avenir parlera.

    En tout cas, pour cet article, ce serait bien si l’attachement des russes à l’orthodoxie et la non acceptation de l’homosexualité ne constituaient pas les signes caractéristiques du refus de l’occidentalisation.

    Le Partie Iabloko a fait 10% comme tous les autres parties qui n’ont pas pu s’exprimer.

    Au plaisir de vous lire dans vos prochains articles.

    Jean René Godart

    • Xavier Moreau 12 décembre 2011 à 6:53 · Répondre

      Bonjour et merci pour votre intérêt,
      Concernant la reindustrialisation de la Russie j’ai déjà répondu plusieurs fois sur cette page même. J’ajouterais que je ne vois pas bien ou est le problème que Pepsi et Danone investissent en Russie, tant que l’outil industriel est en Russie. Le problème serait que les Russes achètent leurs produits laitiers a l’étranger.
      Renault a un plan de filialisation de la moitié de l’usine AVTOVAZ. Ces filiales seront invitées a faire des Joint-Ventures avec des entreprises étrangères pour mettre leur technologie à niveau. Il faut cependant souligner que certaines lignes de production sont déjà très modernes chez AVTOVAZ. Elle sera à terme la plus grosse usine de voiture au monde.
      Sur les cinq voitures les plus vendues en Russie, on compte 4 russes (AVTOVAZ) et 1 française (la Logan). Toutes les grandes marques de voitures étrangères ont au moins une usine en Russie. Les X5 et X6 de BMW sont fabriquées a Kaliningrad. Le marché russe a entrainé une reindustrialisation automobile massive. Encore une fois, peu importe l’actionnaire, l’important est que l’outil industriel et la technologie se trouvent en Russie.
      Les Russes font un choix de société au contraire du modèle occidental, c’est leur droit, ils sont chez eux. Ça ni bien, ni mal, c’est comme ça.
      Je vous suggère de vous rendre sur les sites internet des journaux russes ou sur les moteurs de recherche russes, vous y trouverez une liberté de langage qui a disparu en France depuis longtemps. A titre d’exemple Vedomosti, l’un des quotidiens a plus fort tirage en Russie est contrôlé par le Wall Street Journal et le Financial Times, les idées circulent plus en Russie qu’en France, il suffit d’y vivre quelques semaines pour s’en rendre compte.

      • Jean René Godart 13 décembre 2011 à 10:26 · Répondre

        C’est sympa de répondre.
        L’automobile est en plein boom c’est vrai mais les quelques constructeurs russes restant ont un fossé énorme à franchir. (VAZ est pressé de voir des mosèles renault (ou au moins développé en collaboration) sortir des usines tant les ventes Lada s’éffritent. La part de composants importés peine à augmenter.
        L’aviation civile constitue aussi un challenge énorme actuel. Et il n’y a pas l’ombre d’un doute que les chinois seront près avant les russes.
        Pour Pepis et Danone, chacun ses idéo mais une industrie agro à l’actionnariats étrangers…
        Bien sur que c’est sur la bonne voie. Je pense que votre article irrite un peu car il n’y pas une seule critique quant au fait que les élections ont été truquées (c’est bien de le répéter quand même).

  11. Nicolas Jaisson 13 décembre 2011 à 3:30 · Répondre

    http://www.bullfax.com/?q=node-bnp-paribas-says-it-will-end-retail-banking-russia

    Et pour cause! Maintenant je comprends pourquoi l’ex CEO de BNP retail banking/Cetelem Russie qui m’avait recruté comme consultant en organisation pour prendre la prendre la place de l’elite executive recruté chez Raiffeisen Bank pour prendre la tête de BNP Vostok (Dieu seul sait où il est maintenant) s’est reconverti dans la bijouterie moscovite. Pas la peine de le nommer.On ne fait pas plus malfrats que les senior executives en Russie. Et les Français n’ont rien à envier aux oligarques russes, foi de consultant qui a payé pour savoir ce qui se passe réellement en Russie derrière le blabla type Radio Courtoisie des charmantes icônes, du ballet Bolshoï et des entrepreneurs français si bien accueillis en Russie.

  12. Nicolas Jaisson 16 décembre 2011 à 12:04 · Répondre

    Les résultats du dernier recensement de la population russe viennent ‘être publiés. http://www.vedomosti.ru/career/news/1454949/naselenie_rossii_uskorenno_sokraschaetsya
    Ils font état d’une accélération de la dépopulation avec une perte de 2.8 millions de personnes depuis 2002, suivant la perte de 1.8 millions d’habitants entre 1989 et 2002. Le recul de la population rurale est particulièrement dramatique avec 38 millions de ruraux seulement dans un territoire quasiment vide d’habitants au delà de l’Oural. On comprend pourquoi Poutine insiste tellement sur l’importance de la dissuasion nucléaire, seul moyen qui lui reste pour freiner les appétits étrangers vis à vis des ressources d’un pays qui se vide progressivement de sa population qui a massivement fuit à l’étranger pour sa partie la plus éduquée accompagnant en cela la fuite du capital privé dont la base demeure offshore. Il n’y a pas de meilleur démenti aux rodomontades d’un régime autoritaire que les l’évolution de la démographie qui se situe à l’inverse des ambitions d’un régime qui s’est montré incapable de remonter significativement le niveau de vie de sa population, en lui accordant le minimum de liberté nécessaire à l’épanouissement de la libre entreprise, surtout dans un pays qui se caractérise par l’excellence de son éducation supérieure.

  13. serge maraite 5 janvier 2012 à 5:22 · Répondre

    bonjour,
    je m’étonne que vous ne disiez le moindre mot sur les fraudes massives constatées lors des dernières élections et sur les grandes manifestations, de Moscou à Novosibirsk. Je laisse la parole à une poétesse russe qui dira mieux que nous ce qui se passe:

    Message du poète Olga Sedakova à propos des événements en Russie

    Chers amis,

    Ce n’est pas la première fois qu’au cours des cent dernières années notre pays vit cette scène d’heureux dénouement du génial « Grand Cafard » de Tchoukovski : ce qui hier paraissait grand, monolithique, inaccessible, qui tenait entre ses mains et ta vie et la vie de tes enfants, se révèle soudain et sans presque aucune raison, n’être rien. Un insecte mesquin et repoussant, ce que cela a toujours été. Ce « Grand Cafard » auquel, on ne sait pourquoi, se soumettaient les éléphants.

    Que s’est il passé au cours de ces vingt ans ? Les fenêtres et les portes se sont ouvertes et nous avons compris que nous ne vivions pas dans une boîte séparée (fût-elle grande comme un sixième des terres émergées), mais dans un monde qui, en dépit de sa diversité, partageait un certain nombre de représentations communes au sujet de ce qui est décent et de ce qui est indécent, de ce qui contribue à la croissance de l’homme et de ce qui le rabaisse. Au sein de ce monde nous voulons voir la Russie comme un pays qu’on peut aimer, qu’on peut respecter, avec laquelle on peut traiter. Une Russie qui ne soit pas représentée par d’obtus agents des services secrets, mais par des gens libres, éclairés, talentueux. Nous sommes nombreux, et nous pouvons interdire que désormais la haine de la grossièreté soit nommée « russophobie » et la bassesse, « patriotisme ». Un honnête homme ne cède pas sa place à un voyou.

    Puisse seulement ce moment de libération des charmes maléfiques ne pas se révéler un épisode éphémère. Cela dépend de nous.

    Olga Sedakova

    23 décembre 2012

    Source: http://gornyj.livejournal.com/455542.html

    (« Grand Cafard » – Тараканище, 1923 : poème pour enfants de Korneï Tchoukovski où les animaux sont terrorisés par un Grand Cafard, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’il s’agit en réalité d’un insecte inoffensif.)

    • Xavier Moreau 9 janvier 2012 à 9:30 · Répondre

      Merci pour votre intérêt.

      Vous avez mal parcouru notre site, j’ai fait un article sur la première manifestation à laquelle j’ai assisté. La suivante fut du même acabit en dehors du fait que les saluts hitlériens furent plus nombreux, je prépare un article à ce sujet avec quelques photos très éloquentes.

      Olga Sedakova ne représente rien d’autre qu’elle même, son analyse poétique de la situation n’a aucun intérêt pour comprendre la réalité politique et sociale de la Russie réelle, celle que laquelle s’appuie Vladimir Poutine.

    • Aurélien L. 10 janvier 2012 à 3:53 · Répondre

      @ serge maraite

      Les fraudes “massives” dont vous faites état “de Moscou à Novosibirsk” sont très largement exagérées par les médias occidentaux, qui relayent que ce qu’ils ont envie de voir.

      Alexandre Latsa a par exemple démontré qu’il n’y a eu que 437 litiges. Pour la région de Moscou, peuplée de millions d’habitants, il y aurait environ 20 000 voix litigieuses, ce qui est à mettre en perspective avec par exemple les 19 000 voix douteuses comptabilisées rien qu’en Floride lors des présidentielles US de 2000.
      Qui plus est, c’est l’ONG Golos, autoproclamée indépendante alors qu’elle est financée par la Commission européenne et l’USAID, qui a relayé auprès des médias occidentaux ces irrégularités soi-disant massives.
      Et pour finir, les médias russes ont mis en évidence un courriel émis par cette ONG dans lequel elle propose de monnayer à l’USAID ses dénonciations de fraudes électorales ….

      A lire la tribune libre d’Alexandre Latsa sur RIA Novosti :
      http://fr.ria.ru/tribune/20111214/192704283.html

  14. Tchetnik 11 janvier 2012 à 10:32 · Répondre

    Ce qui est arrivé recement à Bernard Lugan sur I-télé devrait relativiser pas mal la soi-disante “liberté” des médias dans l’Occident Rotschildien et la soi-disante “oppression” des médias en Russie. On s’aperçoit d’ailleurs que ceux qui dénoncent cette “oppression” le font sur la base d’articles très nombreux parus dans des journaux Russes tirant à plusieeures centaines de milliers d’exemplaires…et pas dans un samizdat de quartier.

    Il est dommage que ces dénonciateurs de la “dictature” en Russie actuelle n’aient pas été plus prolixes à l’époque bolchévique, quand le danger était pourtant bien réel.

    Le Christianisme connait en Russie une renaissance qui paraitra certainement insuffisante à beaucoup, mais qui n’en est pas moins réelle et concrète, en particulier de par la prise de participation réelle de l’Église Orthodoxe dans bon nombre de projet sociaux et d’oeuvres éductives (chose jamais mentionnée dans une presse occidentale qui préfère parler de la montre du Patriarche…) avec de plus une participation réelle dans la construction législative du pays.

    L’économie Russe n’est pas parfaite, il est clair qu’elle souffre encore d’un manque de diversité dans ses structures (ou trop grandes entreprises ou trop petites) et d’un manque certain de politique sociale qui fait que bien des gens (n particulier retraités) restent encore sur le bord de la route. Mais bien du chemin a été fait depuis 15 ans, date à laquelle ceux qui aujourd’hui “protestent” contre le pouvoir comptaient encore leurs Kopeck pour acheter une miche de pain. (exemple connu personnellement). Ils sont aujourd’hui bien intégrés dans le système économique avec un niveau de vie plus que comfortable…

    Il est bon ensuite de constater que les gens “libres, éclairés et talentueux” autoproclamés partagent tous une haine profonde de tous les héritages spiriituels, culturels et historiques qui font la véritabnle identité de la nation Russe, sa compréhension particulière du monde et la dignité de son peuple, et souhaitent les remplacer par un consumérisme vulgaire et débridé qui faillit justement anéantiir et tiersmondiser ce pays sous Elstine et ses maitres “Banksters” occidentaux.

    Il est bon de constater d’ailleurs que le peuple, le vrai, celui qui a voté par millions, rejette complètement ces “valeurs” que les médias occidentaux nous présentent pourtant comme la “vraie” alternative <a Poutine. Le Peuple est à cette occasion méprisé et défini comme "rétrogade et arriéré", qualificatifs que seuls des "démocrates" appliquent quand la démocratie ne donne pas les résultats qu'ils escomptaient.

    Vladimir Poutine n'est certainement pas un homme parfait, on peut en dire ci et mi. Il reste le seul dont l'action a été jusqu'à présent positive en Russie depuis 1980. Qu,On le veuille ou non. Et ceux qui aujourd'hui manifestent sont justement ceux qui ont le plus profité de sa politique.

    Sur l'illusion de l'accustaion de "fraude électorale" vieux serpent de mer ressorti par les officines pro-occidentales (sans aucune preuve ni démonstration d'ailleurs) dès que les élections ne leurs conviennent pas, beaucoup d'études et d,analyses sérieuses (en particulier celle de A. Latsa) ont été faites pour en démontrer l'hypocrisie, et pour montrer dans quel schéma insurrectionnel subventionné elle s'inscrit.

  15. Sancenay 10 février 2012 à 2:11 · Répondre

    Je découvre avec intérêt votre site et salue au passage, le fils d’une “vieille connaissance”, Xavier Moreau.

    Décidément la renaissance de la Russie semble chagriner bien du monde, notamment, dans l’Europe vieillissante et si peu autonome dans ses orientations. C’est très affligeant.

    Laissons donc la respectable Russie tourner pacifiquement la page des “heures les plus sombres de son histoire”.

    Et que nos nostalgiques de ces périodes-là emploient davantage leur énergie à simplement balayer devant notre porte en terme de liberté d’opinion, ce sera déjà un gros progrès d’accompli.

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