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La Russie prête pour la guerre économique

La Russie prête pour la guerre économique

La Russie prête pour la guerre économique

Xavier Moreau

Xavier Moreau

Les différents ministères et structures économiques russes, potentiellement concernés par de lourdes sanctions économiques, ont été mobilisés pour préparer une riposte massive le cas échéant. La décision russe d’intégrer la Crimée est désormais irrévocable. Avec la quasi-totalité de la population russe et des forces politiques derrière lui, Vladimir Poutine s’apprête à affronter un occident divisé, appauvri et contesté au sein même des nations qui le composent.

La riposte russe sera totale en effet :
– ventes des bons du trésor des pays sanctionnant ;
– non remboursement des prêts contractés par la Russie ou par les entreprises russes ;
– confiscation des actifs occidentaux ;
– achat de devises asiatiques en remplacement des devises occidentales ;
– fin du commerce avec l’occident et virage asiatique vers la Chine et la Corée du Sud qui ont déjà été contactées dans ce sens et seront les premiers bénéficiaires de cette rupture ;
– fin de l’utilisation du dollar dans les échanges commerciaux.

Les conséquences de cette riposte représentent une véritable catastrophe potentielle pour les économies européennes, notamment pour l’Allemagne, la Pologne et la France. Il est évident que cette riposte aura également des conséquences dramatiques pour l’économie russe, le temps qu’elle se réoriente massivement vers l’Asie. La différence est, encore une fois, que Vladimir Poutine n’hésitera à en appeler à la solidarité nationale russe, contre le diktat occidental. Les gouvernements ouest-européens ne pourront pas, en revanche, compter sur la compréhension de leur population. En France, les médias « mainstream » ont essuyé leur première défaite face aux médias alternatifs. Décidés à passer sous silence la compromettante conversation de Catherine Ashton, ils ont été contraints au bout de cinq jours – et sous la pression des sites internet alternatifs – d’évoquer le sujet.

La force de Vladimir Poutine reposent aujourd’hui sur la confiance qu’il inspire à la population russe, ainsi que sur son trésor de guerre. Ces deux atouts lui permettront d’amortir les conséquences d’une guerre économique, bien mieux que ses adversaires.

Les États-Unis ont une nouvelle fois sous-estimé la détermination de la Russie. Ils tentent de faire payer aux Européens leur nihilisme stratégique. Il y a tout lieu de croire que les Européens ne vont pas pousser la Russie dans une guerre que leurs économies exsangues, pour la plupart, ne leur permettront pas de mener. La France, plus que toutes les autres nations européennes, doit se libérer du joug malfaisant de Washington. Il est heureux de constater que l’incorruptible Jean-Pierre Chevènement se trouve en première ligne pour rappeler où se situe l’intérêt supérieur de la France, et palier les idioties de l’histrion BHL. Ce dernier s’efforce une nouvelle fois, d’entrainer le gouvernement français dans de nouvelles errances lybiennes, où il ne trouvera que le ridicule qui s’est déjà abattu sur lui en Syrie. À ses côtés, nous trouvons désormais François Fillon, appelé à devenir le candidat souverainiste de l’UMP. Le Front de Gauche a su, dès le début de la crise, définir les enjeux exacts, tout en étant lucide sur les forces en présence. Il en va de même pour le Front National qui se situe dans une ligne purement gaullienne, mettant au centre l’intérêt supérieur de la Nation, en dehors de toute idéologie.

Le choix de l’Europe, et par conséquent du partenariat russe, contre le choix de l’occident, et par conséquent de l’Union européenne, est désormais un thème qui dépasse les clivages politiques traditionnels. Les Français rejettent massivement l’ingérence nocive des États-Unis dans les affaires européennes, comme ils rejettent totalement son modèle civilisationnel.

Xavier Moreau

Crédit photo : kycheng via Flickr (cc)

Auteur

Xavier MoreauSaint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d'un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Fondateur d'une société de conseil en sûreté des affaires, installé en Russie depuis 14 ans, travaillant également sur l'Ukraine, le Kazakhstan et la Serbie.Voir toutes les publications par Xavier Moreau →

20 commentaires

  1. Zabo
    Zabo10 mars 2014

    Merci de cette excellente analyse ! Puissent des français de plus en plus nombreux la lire, la faire leur et exiger la démission d’un gouvernement désormais illégitime au regard de sa popularité et de sa nuisance envers la nation ! Et vive la Russie de Vladimir Poutine, enfin une nation, un chef d’état et un peuple fiers et courageux, merci à eux pour cette leçon à notre ripoublique d’histrions !

  2. ALTHUSIUS
    ALTHUSIUS10 mars 2014

    Le site euronews du 10 mars indique que l’Allemagne aurait le plus a perdre dans cette guerre économique entre l’ouest occidentalisé et la Russie. François Hollande, très entouré par les libéraux américanisés de son gouvernement, s’est laissé nafta lisé par ses friends, démontrant bien son absence de sentiment de grandeur continentale européenne. C’est bien le Kosovo à l’envers qui est en train de se dérouler.; Le magazine américain Politico admet que Vladimir Poutine n’a pas peur de l’ouest affaibli et qu’il continuera à avancer vers la mer chaude. Bonne route Président ( le vrai pas le faible)
    http://www.politico.com/magazine/story/2014/03/russia-vladimir-putin-the-west-104134.html#ixzz2uz8UUMP9
    .

  3. Philippe
    Philippe10 mars 2014

    Qui aurait pu croire un instant que les Russes auraient lâché la Crimée, pour les raisons stratégiques évidentes que la géographie leur impose ? Et pourtant les Européens d’un seul d’homme, y ont pensé, sous l’injonction de leur suzerain. Un très beau coup de Vladimir Poutine qui à n’en pas douter va plaire à Alexandre Douguine, promoteur de l’eurasisme. Merci Monsieur Moreau pour cette brillante analyse que vous avez su voir venir. A mon humble avis, le grand perdant va être l’Allemagne. Quels en seront les contre- coups sur son économie ? Et indirectement sur celui de ses partenaires européens ? A noter un silence radio assourdissant sur le meanstream médiatique, à propos de l’Ukraine, ces dernières heures !

  4. el yacoubi
    el yacoubi10 mars 2014

    Poutine est sûr de lui et de ses moyens qui sont considérables . Il ne cèdera jamais devant les occidentaux . Il ne faut pas oublier qu’il appartenait à l’ancien KGB et qu’il n ‘a pas encore digéré la chute de l’ancien empire soviétique . Il est revanchard vindicatif . La Chine est certainement très disposé à le recevoir dans le bloc qu’elle est entrain de mettre sur pied , face aux USA .
    L’Ukraine sera certainement sacrifié et oubliée . Les intérêts financiers sont considérables …et comme c’est l’économique qui prime , le choix semble être déjà fait ..

  5. Xénia
    Xénia11 mars 2014

    En tout cas, cette « affaire » ukrainienne nous entraine vers une évidence, si tant est que doute il pouvait y avoir ou il y avait. La plus grande puissance au monde est aux mains de psychopathes. Et l’Union Européenne au paroxysme de sa lâcheté.

  6. jean
    jean11 mars 2014

    La Chine ne veut toujours pas du gaz Russe
    La banque centrale s’inquiete de la baisse des reserves utilisées pour defendre le Rouble
    L’economie Russe est pratiquement en récession
    Les societes Russes se financent en grande partie sur les marches occidentaux
    Les Russie souffre d’une exode de capitaux depuis 4/5 ans

    Si guerre economique il y a (j’en doute), la Russie a perdu d’avance.

    • Elégant
      Elégant18 mars 2014

      La situation que vous évoquez est, également, celle qui existe dans l’UE et aux États-Unis.
      L’honnêteté aurait été, pour vous, de le signaler.

    • salamaker
      salamaker18 mars 2014

      Jean , ce que tu dis n’est pas faux, s’il y a guerre economique, il y aura des dégâts, cependant cela est propre à toutes les guerres. mais une guerre economique est un cout trop chère à payer par l’occident, non pas parce-qu’il est en récession, mais par le fait qu’isoler la Russie, va de fait créer un pôle economique autour de ce pays, où forcement viendront graviter un certain nombre de pays… le monde multipolaire economique est la limite que ne pourra supporter l’économie financière et le château de carte qui tien lieu de forteresse de l’économie US. Si aujourd’hui l’occident négocie avec l’Iran, c’est surtout pour éviter que le reste du monde puisse voir les alternative possible à une économie mondialisée centrée sur le dollars US.
      Il y aura tout sauf une confrontation economique, auquel cas cela signifiera un reflux sans précédent du dollars et une réaction hystérique des USA. que dieu nous préserve de cela

  7. Karol Sforzaski
    Karol Sforzaski11 mars 2014

    L’outrance occidentale a été une véritable constante dans le dossier ukrainien. Il suffit pour s’en convaincre de considérer le désir occidental de sanctionner la Russie à tous les niveaux possibles, en particulier économique.
    Il est juste affligeant de voir à quel point les élites politiques européennes se sont alignées sur leur maître américain. Aucune considération pour les intérêts de l’Europe réelle (États, nations, peuples) mais cela ne date plus d’hier.
    A en croire les médias occidentaux, les sanctions économiques prises conduiront à la chute d’une économie russe trop dépendante de ses clients européens… mais cela est effectivement oublier ses réorientations asiatiques. Étrangement, le silence est complet sur les retombées que cela implique pour les économies européennes déjà fragilisées par la crise de 2008. Ruine et précarité seront très certainement au rendez-vous.
    L’assujettissement total à l’égard des Etats-Unis est une véritable trahison puisqu’elle sacrifie notre civilisation, notre identité, nos valeurs, nos nations, nos peuples d’Europe. L’intérêt de l’Europe est bien de constituer un pôle indépendant et partenaire de la Russie. Nous en sommes loin malheureusement.

  8. Frederic
    Frederic11 mars 2014

    De la bombe, j’apprécie énormément la référence au  » Médias alternatifs » qui sont sans aucun doute l’avenir!

  9. ODIN
    ODIN11 mars 2014

    En cas de « guerre » j’ai déjà choisi mon camp. Quand Poutine aura gagné, nous nous occuperons de Fabius et Hollande, ces deux traitres qui n’hésitent pas à précipiter la France dans la guerre. Pour le reste « quand le vin est tiré, il faut le boire » En cas de guerre nucléaire, habitants de New York Los Angeles, Washington, Londres et Paris, déménagez avant qu’il ne soit trop tard. Merci M. MOREAU.

  10. oodbae
    oodbae11 mars 2014

    Il est fort probable que les journaux relatent cette affaire ukrainienne quotidiennement pour faire diversion. Pendant ce temps, rien sur les affaires intérieures, qui pourtant sont plus importantes. C’est bien simple, j’ai l’impression de lire « courrier international » pour chaque journal ou magazine francais. Rien sur la fraude fiscale, les impôts, la recherche scientifique, les conflits sociaux, la fuite des capitaux, l’immigration, la vie rurale, la décentralisation, etc, bref, rien sur tous ces sujets. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de cette affaire ukrainienne mais notre défaite est déjà là: notre société démocratique se fait berner comme sous Louis XIV. A la fin de son mandat, hollandillon nous dira: « j’ai trop fait la guerre » et nous n’aurons que nos yeux pour pleurer.

  11. RL
    RL11 mars 2014

    Se tourner vers l’Asie ne peut qu’être une tactique de circonstance. La Russie a l’envergure pour être un poids lourd de la géopolitique et de la géoéconomie, mais en Asie, elle ne peut qu’être au mieux deuxième ex-aequo avec le Japon. Son vrai destin, c’est en Europe qu’il se joue.

  12. ALTHUSIUS
    ALTHUSIUS11 mars 2014

    Le cecle des Echos a publié le papier d’un économiste libéral Yves Montenay intitulé l’Ukraine doit vendre la Crimée qui est bien loin de la richesse de l’article de Xavier Moreau mais qui permet de détecter une séparation entre deux logiques : celle de l’auteur plutôt subsidiaire qui reconnait que des populations ont le droits de se séparer et qu’il est étonnant de reprocher à la Crimée et à la Russie ce qu’on a obligé la Serbie a accepter au Kosovo et celle du pape du cloud computing Pierre Henri Rozenblum qui refuse le référendum à chaud et qui pense qu’il convient d’établir d’abord la démocratie libérale dans toute l’Ukraine et puis après on verra. Partout où les peuples ont été traités par le on verra, on a vu.

  13. Paul
    Paul14 mars 2014

    Xavier Moreau,

    Savez-vous pourquoi il n’y aura pas d’observateurs internationaux lors du référendum en Crimée ? Sachant que les pro-russes ont de bonnes chances de l’emporter. La Russie s’y oppose t-elle ?

  14. Greg
    Greg16 mars 2014

    Mon dieu si ça va dans cette direction ça sera la guerre assurément. La politique de l’Allemagne envers la Russie actuellement est suicidaire car ils sont tellement lié économiquement. Ça n’a pas de sens, l’Allemagne doit se soumettre à la politique américaine on dirait. Mais c’est peut-être aussi une volonté de sa part d’en découdre. Pour moi les USA et l’Allemagne vont sacrifier toute L’Europe dans cette affaire Ukrainienne.

  15. Avis
    Avis17 mars 2014

    France should leave NATO, then there’d no way for the Americans to put pressure on France. France can defend itself. Why is France still in NATO?

    • Zabo
      Zabo29 mars 2014

      You’re right ! But unfortunetly, Sarkozy has betraid by returning in NATO and Hollande has no courage, no intelligence or no personnal interest to change that. We need a new power, new politic men to move and leave NATO. Hope it will be soon !

  16. Arsène
    Arsène17 mars 2014

    Merci pour cette superbe analyse critique et libre.

  17. Владимир
    Владимир5 juin 2014

    Поздно я попал на эту статью. Крым уже российский. По моему скромному мнению Европе надо уходить от опеки США. Американцы манипулируют вами без стыда и совести. Освобождайтесь от их зависимости, ни к чему хорошему они вас не приведут.

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