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République bananière d’Ukraine, épisode 12

République bananière d’Ukraine, épisode 12

République bananière d’Ukraine, épisode 12

Épisode 12 : Splendeur et misère du journalisme français
Xavier Moreau

Xavier Moreau

Depuis 25 ans, la pensée atlantiste repose sur une vision moralisatrice et, disons-le, puritaine des relations internationales. Cette vision simpliste destinée à l’origine au grand public a fini par triompher au sein des instituts et des administrations françaises. Cette « féminisation » de la pensée politico-stratégique, parfaitement incarnée par le psychologisme employé par Thomas Gomart pour expliquer les choix de Vladimir Poutine, est cependant battue en brèche par l’avènement de l’école de politique réaliste, sous l’égide d’Aymeric Chauprade. Le retour de l’explication rationnelle des événements ne pouvait que séduire le pays de Descartes. Les médias français s’efforcent désormais, sans conviction, de nous tirer des larmes de crocodiles en invitants des pseudo-dissidents comme Galina Ackerman ou une jolie ukrainienne larmoyante qui s’efforce de nous attendrir sur « les nazis de centre-droit » de Maïdan.

Tentative de « realpolitik » au Figaro

Si la totalité des médias français respecte scrupuleusement les consignes du Département d’État américain, tous ne le font pas avec la même finesse. Le Monde, sous la botte de Nathalie Nougayrède (démissionnaire depuis 24 heures) et de Pierre Bergé, nous offre une vision si caricaturale que même ses lecteurs, qui constituent pourtant la partie la moins bien formée politiquement de la population française, s’insurgent contre ses mensonges grossiers. Le Figaro a adopté un ton bien plus subtil en faisant alterner les âneries atlantistes d’un fanatique comme Konstantin Melnik avec des considérations plus mesurées, mais toujours anti-Poutine ou anti-russes. Deux articles ont attiré notre attention à ce sujet. Le premier est le faux « coup de gueule » de Vladimir Fedorowski. Ce dernier critique le traitement de l’information sur l’Ukraine, ce que nous avons contribué à rendre populaire. En revanche oser prétendre que la Russie ce n’est pas Poutine est une contre-vérité absolue. Que cela lui plaise ou non, Vladimir Poutine incarne parfaitement la Russie et les Russes. En tant qu’ancien attaché culturel soviétique, Fedorowski est sans doute mal à l’aise avec le suffrage universel et est incapable de saisir ce qui se passe en ce moment entre le peuple russe et son Président. Sans doute aussi, l’ancien bolchévique devenu dissident dès 1992 essaie-t-il de surfer sur la russophilie des Français tout en se préservant l’accès aux médias, en continuant d’insulter le président russe. Sa prestation sur France 2, lors de la cérémonie d’ouverture des jeux de Sotchi, reste un modèle du genre et a pu donner aux auditeurs français une idée de ce que pouvait être la propagande soviétique à l’époque ou Fédorowski était un fidèle apparatchik du PCUS (Parti Communiste d’Union Soviétique).

Toujours de manière assez subtile, Le Figaro a donné la parole à un géographe français jusque-là inconnu, Laurent Chalard. Pas de top model ukrainien larmoyant ou d’anciens bolchéviques reconvertis cette fois, mais un respectable chercheur travaillant pour un « think tank » européiste (je n’ai pas trouvé d’où provient le financement). Il tente, laborieusement, de nous démontrer que l’européisme n’est ni une idéologie, ni un acte de foi, mais une pensée réaliste. La tâche est ardue, et le résultat est catastrophique. Si Laurent Chalard veut faire de la realpolitik, rappelons-lui que la première chose à faire est de définir l’intérêt supérieur de la nation. Pourquoi diable la France devrait-elle entrer en conflit avec la Russie, pays profondément francophile, partenaire économique fiable, rare client solvable de notre complexe militaro-industriel et garant de notre sécurité énergétique ? L’Allemagne a des prétentions dans la Mitteleuropa, les Anglo-saxons s’inquiètent pour la Mer Noire, la Pologne veut revenir à Odessa… soit… mais la France n’a comme intérêts en Mer Noire et en Europe centrale que ceux de la Russie, puisque la Russie est destinée à devenir notre premier allié en Europe.

Comme beaucoup, Laurent Chalard a oublié que la Russie est un pays européen, et que sa victoire en Crimée est une victoire européenne contre l’OTAN. Il a aussi oublié que la situation démographique en Russie est en net progrès et bien meilleure que celle de l’Allemagne. Il ignore vraisemblablement que la Russie n’a pas de problème majeur de peuplement dans sa partie européenne. Suggère-t-il que les Russes voudraient annexer le sud-est de l’Ukraine pour envoyer sa population dans le Caucase, à Irkoutsk ou à Vladivostok ? Comme les historiens marxistes, Laurent Chalard raconte n’importe quoi, car il soumet sa réflexion à ses présupposés idéologiques. Comment peut-il sérieusement affirmer que « l’indépendance de l’Écosse est un objectif primordial de la Russie » ? La meilleure réponse à ce genre d’âneries est de les faire suivre, sans même les commenter. Affirmer que la stratégie russe en France et en Allemagne est de soutenir les minorités ethniques suppose une bonne dose de mauvaise foi. Est-ce la Russie qui a exigé de la France qu’elle cesse d’enseigner Napoléon et Louis XIV dans ses écoles ? Est-ce la Russie qui envoie ses ONG mobiliser les banlieues immigrées contre La France ? Est-ce la Russie qui a armé les islamistes bosno-musulmans et la mafia albanaise pour pulvériser la Serbie sur une base ethnico-religieuse ? Est-ce la Russie qui a demandé à l’ancien Président Youchenko de faire de Stepan Bandera un héros national ukrainien, pour humilier la majorité de son peuple, dont les arrières grands parents ont triomphé de l’Allemagne nazie ? La vérité sur cet article ridicule est qu’il répond à une commande de la rédaction du Figaro qui pourrait se résumer en ces termes : « Pouvez-vous nous écrire un article qui démontre que la Russie est l’ennemie de l’Europe, sans verser dans des considérations morales, car nos lecteurs nous répondent violemment et résilient leur abonnement, quand nous les prenons pour des imbéciles ? ».

Hommage du vice à la vertu, Le Monde reconnaît notre victoire.

C’est à Piotr Smolar, sans doute un des moins mauvais idéologues français sur l’Europe de l’est, que nous devons cette reconnaissance. Le mur de mensonges sur lequel s’appuyait la presse française depuis 25 ans s’est écroulé en Ukraine. Les citoyens français sont comme les Polonais à la fin des années 80, lorsque ces derniers posaient leur poste de télévision allumé, sur le rebord de leur fenêtre, tourné vers la rue, pour signifier leur rejet de la propagande communiste. Le constat du fanzine ultra-subventionné est vrai, mais l’argumentation comme toujours est défaillante et malhonnête. Nous ne reprendrons pas tout, car tout a été déjà dit, mais nous soulignerons cinq points importants, pour mettre en exergue l’erreur totale de la presse subventionnée sur la crise ukrainienne :

  1. Piotr Smolar nous présente l’Holodomor comme un événement unificateur de l’Ukraine moderne. Et bien non, Piotr ! L’Holodomor n’a pas concerné l’ouest de l’Ukraine sous domination polonaise à l’époque (1932-1933). Elle a en revanche concerné les Russes dans la région de Rostov et les Kazakhs. L’Holodomor rappelle, au contraire, le lien historique qui unit les Russes et l’Ukraine historique, dans la souffrance que les Bolchéviques leur ont fait subir.
  2. Sur l’origine de la crise, nous renvoyons nos lecteurs à nos précédents articles. Rappelons simplement qu’en décembre 2013, l’Ukraine venait d’obtenir un prêt de 15 milliards de dollars sur un an, un prix du gaz parmi les moins chers d’Europe, un projet de développement de son complexe militaro-industriel mis en œuvre immédiatement, la Crimée n’était pas contestée et les élections présidentielles devaient se dérouler comme prévu, début 2015.
  3. Je suis tout à fait d’accord avec Piotr Smolar pour affirmer que Svoboda ne représente pas grand-chose en Ukraine et que les prochaines élections lui seront fatales. Alors que font-ils au gouvernement ? Pourquoi le néo-nazi Magnitski dirige-t-il le parquet chargé d’enquêter sur les snipers de Maïdan et sur Odessa ? Pourquoi le néo-nazi Paruby, ancien commandant de Maïdan, qui a couvert ces fameux snipers et qui a organisé le massacre d’Odessa est-il toujours président du conseil de sécurité ukrainien ? Pourquoi Dmitro Iarosh dispose-t-il d’un camp d’entraînement à Dnepopetrovsk ? Pourquoi n’a-t-il pas été désarmé ? Pourquoi peut-il lancer en toute impunité des raids contre les populations civiles du Donbass ?
  4. Je vais aider Piotr Smolar à répondre à ces questions. Sans le bras armé de Svoboda et de « Pravy Sektor », Viktor Ianoukovitch serait toujours président. Des manifestations pacifiques ne l’auraient certainement pas fait quitter le pouvoir. Ce ne sont pas les Russes qui ne veulent pas des élections, c’est Svoboda, qui sait qu’une fois le pouvoir abandonné, le parti devra rendre des comptes sur tous les assassinats dont il s’est rendu coupable. Ce sont les États-Unis qui, en perdant Svoboda, perdront leur seul véritable allié, car aussitôt élus, Alexander Porochenko et même Yulia Timochenko s’empresseront de s’entendre avec la Russie.
  5. Cela explique pourquoi la Russie ne rejette pas catégoriquement les élections présidentielles à venir. La solution fédéraliste est la seule viable, mais comme nous l’avons souligné, elle signifie une nouvelle victoire de la Russie. Elle est désormais défendue par l’homme le plus riche d’Ukraine, issu lui-même du Donbass. La Russie a besoin d’un Donbass fortement autonome comme garantie sur la neutralité de l’Ukraine, et non pas de deux provinces supplémentaires. La « realpolitik » s’impose peu à peu et cela explique aussi pourquoi Alexandre Adler a baissé d’un ton contre Vladimir Poutine. Pauvre Alexandre, toujours dans le camp des perdants…

Pour conclure sur l’article de Piotr Smolar, ce dernier reproche à 300 journalistes russes d’avoir été décorés par Vladimir Poutine pour patriotisme. Nous comprenons qu’il soit choqué, le patriotisme est un défaut que l’on n’a jamais pu reprocher à un journaliste du Monde depuis bien longtemps. Il semble en tout cas que le gouvernement français a tenu bon sur les « Mistral » et soit résolu à faire valoir ses droits sur Alstom. Le groupe a réalisé, rappelons-le, un de ses plus gros investissements étrangers en Russie et en Ukraine, il y a 5 ans. Notre gouvernement a pris conscience de la guerre que mènent les États-Unis contre la France : s’il a décidé d’y résister, nous ne pouvons que nous en féliciter.

Un peu de sentimentalisme

Photo : Sergei Ksaverievitch Moro lors de la parade du 9 mai

Photo : Sergei Ksaverievitch Moro lors de la parade du 9 mai

Que nos lecteurs nous pardonnent, mais les commémorations du 9 mai nous ont inspiré quelques réflexions en dehors du champ politico-stratégique. Nous allons pour une fois, puiser dans le sentimentalisme, fond de commerce habituel du journalisme français. Je suis allé applaudir les blindés russes ce dimanche avec mon fils, Sergei, qui arborait fièrement le ruban de Saint Georges sur sa manche. Ce symbole de la victoire est désormais interdit par la junte oligarcho-nazie de Kiev, tout comme la cocarde de « Normandie-Niémen » sur nos « Rafales ». Il était impossible de ne pas être ému par ce patriotisme à la fois enthousiaste et serein qui régnait à Moscou et par cette relation fusionnelle d’un peuple avec son armée. Pourtant ce fut à Sébastopol où l’émotion fut la plus grande, lorsque Vladimir Poutine est venu saluer les quelques vétérans privilégiés, à qui Dieu a laissé la vie, pour qu’ils puissent assister à une fête 9 mai, dans la Russie réunifiée. Nous félicitons le peuple russe pour sa victoire et pour la réunification de la Crimée.

Xavier Moreau

Auteur

Realpolitik.tvArticle mis en ligne par la rédaction de Realpolitik.tvVoir toutes les publications par Realpolitik.tv →

17 commentaires

  1. Philippe
    Philippe15 mai 2014

    Depuis la chute du mur de Berlin, il y a 25 ans, progressivement, insensiblement, perfidement, méthodiquement, la menace principale pour nous Français, a viré de 180°. C’est là bien entendu un constat personnel qui n’engage que moi. Je ne développerai pas le sujet qui grâce à Internet, n’est plus un secret, pour qui fait l’effort de rechercher. Dans cet esprit, Aymeric Chauprade, Xavier Moreau entre autres, par leurs analyses « politiquement incorrectes », nous aident à décrypter « The Grand Chessboard » de Big Z avec l’arsenal « soft » de la gouvernance par le chaos, cf. l’ingénierie sociale, le reality-building, le tittytainment, la fabrication du consentement, le social Learning etc…

  2. ElisaB
    ElisaB15 mai 2014

    Bravo, bravo pour cet article, tout est dit, juste et vrai. Le pire me semble bien Fédorovski car il y a trahison vis à vis de la Russie, son pays. La haine de Poutine l’aveugle.
    Il y avait aussi un article d’Hélène Carrère d’Encausse sur le Figaro, bien plus mesuré, malgré le détestable « aversion » prononcé vis à vis du Président Poutine.
    Et que St Georges vous entende pour l’après élections !

  3. Thomas
    Thomas16 mai 2014

    Merci encore pour ce suivi de la crise ukrainienne !

    Quels vont être les conséquences du référendum du 11 mai sur l’existence de l’Ukraine ? Ne vaut-il pas mieux envisager une  » Nouvelle Russie  » depuis Lougansk jusqu’à Odessa pour priver les putschistes de Kiev de tout accès à la Mer noire et ainsi sécuriser la Crimée ?

    Félicitations pour votre fils et VIVE LA RUSSIE !

  4. Thalie54
    Thalie5416 mai 2014

    Merci pour cet article qui est l’un des plus objectifs que j’aie lu. Je fais suivre un maximum, ce qui me semble également important.

  5. FREAL
    FREAL16 mai 2014

    Trop fort le sweet-shirt…mais faut-il vraiment lui souhaiter de devenir cyrard..??

  6. Zabo
    Zabo16 mai 2014

    Merci pour cet article lumineux ! Quel aveuglement occidental, quelle haine malsaine et nauséabonde contre Vladimir Poutine, quelle malhonnêteté intellectuelle ! Vive la Grande Russie et son Tsar et vive les petits garçons destinés à devenir des hommes, des vrais (…) !

  7. Frederic
    Frederic16 mai 2014

    Du TRÈS grand Moreau!

  8. LESJ
    LESJ16 mai 2014

    Brillant article, comme à l’habitude.

    Cela dit, Mon Colonel, et sauf votre respect, je trouve que la photographie de votre charmante progéniture n’est pas à la hauteur du contenu de ce billet: non que je veuille critiquer son côté « sentimentaliste », mais fallait-il laisser écrire sur le vêtement du fiston « born to be Cyrard » ?

    On préfèrerait lire « Futur Cyrard » (ou son équivalent en russe, veuillez excuser mon ignorance de cette langue !). Cette photographie serait-elle la preuve malheureuse de la validité des thèses de Z. Brzezinski sur la force du « way of life » et du « soft power » de l’Empire, qui pénètrent même les esprits les mieux prévenus contre leur effets imperceptibles, inconscients, mais si puissants et redoutables ?

    Je ne doute pas qu’à l’avenir vous nous épargnerez ce genre de petite maladresse. De vous, nous sommes habitués à mieux, à beaucoup mieux.

    Bien fidèlement,

    LESJ

    Ne prenez pas mal ma réaction ! Je rédige trop vite, sans prendre le temps de trouver la pointe d’humour qui détendrait le propos…

  9. Philippe
    Philippe17 mai 2014

    Le livre récent de Yannick Jaffré « Vladimir Bonaparte Poutine (essai sur la naissance des républiques)  » ne peut que valoriser l’excellent travail de Xavier Moreau. Pour qui ne connaîtrait pas, sa conférence du 5 mai 2014, au Cercle Aristote, mérite d’être écoutée.

  10. Georges
    Georges17 mai 2014

    Ah les forcenés de la lutte contre l’anglais… Nul doute qu’à cause de ce tee-shirt, ce pauvre enfant deviendra une odieuse créature atlantiste…

  11. Peat
    Peat17 mai 2014

    Indéniablement, le plus fructueux des textes de la série consacrée au régime de bananes ukrainien. Il est vrai que la presse française, surtout à l’approche des référendums de Lougansk et de Donetsk, sans tout à fait faire machine arrière, a mis un certain holà à ses articles anti-Poutine, foncièrement mensongers.
    Comme vous, nous avons noté l’apparent revirement de M. Fedorovski. Pourtant, sa dernière phrase fait un amalgame involontaire entre M. Poutine et la Russie. De mémoire, il écrit : « Monsieur Poutine a gagné la Crimée et perdu l’Ukraine. L’Europe gagne l’Ukraine et perd la Russie. » Une aberration, que l’avenir aura tôt fait de démentir. Même si cela était vrai, la plus grande tragédie serait une tragédie européenne, si l’Europe (autant dire : la France) perdait la Russie.
    Dans la même veine, hier encore, le Figaro publiait un article signé par deux chercheurs d’un think-tank basé en Allemagne. Le papier appelait à une revente des frégates promises à la Russie par l’Union Européenne, avec comme arrière-pensée de les « confier » à l’Allemagne ! Voudrait-on nuire complètement à nos intérêts nationaux, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. La diffusion de cet article est une honte ; sans doute, le coup le plus bas possible, une trahison sans nom. Les intentions de nos « alliés » allemands sont si transparentes, qu’elles en deviennent révoltantes.

    @Fréal : on écrit ‘sweat-shirt’ : il faut transpirer beaucoup pour intégrer Saint-Cyr. Il est vrai que, sentimentalisme oblige, ‘sweet’ ne serait pas mal venu. Sergei Ksaverievitch ne désapprouverait sans doute pas.

    @Georges : la connaissance et la maîtrise de la langue anglaise ne sont pas une tare. Shakespeare, assurément, n’était aucunement atlantiste. L’amour fou de la langue française ne doit pas pousser au dénigrement des langues étrangères. Au reste, avoir une connaissance intime des langues étrangères permet de connaître mieux encore sa langue maternelle.

    @Lesj : il y a dans la formule drolatique ‘Born to be [a] Cyrard’ une connotation que l’on ne retrouve pas dans « Futur Cyrard ». Votre préférence serait une sorte de profession de foi quelque peu présomptueuse. La formule anglaise, américaine même, doit beaucoup, évidemment, au « Born to be Wild » ou au « Born to die » des Hells Angels. Nous touchons là au choix, à la liberté de choisir : on devient Cyrard par choix.

  12. LESJ
    LESJ19 mai 2014

    Cher Peat,

    Ma proposition « Futur Cyrard » est sans prétention. Elle n’est pas l’équivalent de la formule anglaise, je suis d’accord avec vous. De là à y voir une profession de foi présomptueuse… Appliquée à un enfant en couche-culotte ? Car justement, c’est le contraste même entre l’affirmation sûre d’elle, conquérante et l’enfant en langes qui prend saveur drolatique en français (et annihile toute présomption supposée). Mais passons, on peut imaginer n’importe quelle autre formule en français – ou en russe -, beaucoup plus savoureuse que ma pauvre reformulation. Ce qui est certain, c’est que je ne tiens pas, mais alors pas du tout, à rester fidèle à l’esprit du « born to be ».

    En effet, je vous cite:  » La formule anglaise, américaine même, doit beaucoup, évidemment, au “Born to be Wild” ou au “Born to die” des Hells Angels, » Quel aveu !!! C’est donc bien ce que je disais, hélas, à propos de la contamination des esprits et cela ne peut que conforter mes soupçons: quand on ne peut plus spontanément trouver dans sa propre culture de quoi construire des analogies humoristiques fortes et évocatrices, quand on puise systématiquement et, plus grave encore, inconsciemment, dans le répertoire intellectuel d’autrui (toujours le même ou presque), c’est que sa propre langue et ses propres structures mentales, brefs ses outils intellectuels fondamentaux sont déjà fragilisés.

    Dois-je en conclure que le mal serait donc plus grave encore que je ne le pensais en rédigeant ma gentille pique ?

    Courtoisement,

    LESJ

    • Peat
      Peat22 mai 2014

      @LESJ
      Mon intention n’a jamais été de faire de vous un être présomptueux. Je parlais de votre formulation, aucunement de votre personnalité propre. Je n’ai pas pour habitude d’en appeler aux attaques ad hominem, sauf s’il s’agit de répondre à une atteinte personnelle préalable. Il n’y a donc aucune raison que je ne vous vise.
      Sur un point, je vous donne entièrement raison. Il serait triste d’admettre que notre langue ne nous permettrait plus d’en faire un merveilleux outil – un outil universel de notre pensée – qui répondrait à toutes nos attentes locutoires, par tous temps et en toutes circonstances. Il y a de l’universel dans notre langue, comme il y en a dans de nombreuses autres. L’anglais, pas le pidgin qui est une sorte de porridge servi en tambouille dans toutes les mauvaises cuisines de langue, n’échappe pas à cette universalité. Ce n’est pas être inféodé, ni servile, ni oublieux de soi et de sa langue, que de connaître et d’employer (pourvu que ce soit à bon escient) les ressorts de la langue anglaise. Je ne parle pas de ce que les linguistes appellent une contamination. Je veux, plutôt, évoquer une connaissance – autrement dit, un acte conscient, délibéré, qui ne doit rien au hasard ni à l’à-peu-près – intime d’une langue étrangère. J’attire, d’ailleurs, votre attention sur le fait que le premier ouvrage de grammaire française est l’oeuvre d’Alcuin, soit un Scot de l’ancienne Bretagne Inférieure (aujourd’hui, l’on dirait un Irlandais, même si l’on se réfère à la ville de York, dans le nord de l’Angleterre), un des plus savants conseillers de Charlemagne. Comme aurait pu le dire le poète Michel Deguy, « Canots et canaux se font la rime ».
      Pour en revenir à mon propos, il ne se voulait aucunement polémique. Mon intention était de dire, et non de dénoncer, les substrats d’une influence culturelle étrangère ; en l’occurrence, américaine. Cette influence n’est pas nécessairement désastreuse ni dévastatrice, même si, indéniablement, elle est insidieuse. Tout dépend de l’état de conscience du sujet. Dans le cas de ce… sweat-shirt – pardon, de cette… futboltka – vous voyez ? on n’y échappe pas ! -, le plus drôle, je ne le disais pas jusque-là, c’est que l’inscription est, très certainement, de facture russe…, même si les petites mains chinoises sont à l’autre bout de la chaîne de production, pour la manufacture du « vêtement à suer ».
      Il n’y a une fragilisation des structures profondes de la langue (si vous connaissez les théories structuralistes de Jakobson, de Barthes et de quelques autres), que si l’on ignore sa propre langue. Ce qui est, malheureusement, le cas chez la quasi-totalité des locuteurs d’expression française. Une connaissance du français (langue et parole – voyez Benveniste et, dans une moindre mesure, Saussure) nécessite un énorme travail de fond, un constant travail de fond. La langue est comme le mouvement des grains de sable, au désert et dans les océans. Nous assistons, pour reprendre le mot d’Edouard Glissant, à une « créolisation » de la langue française. Si j’osais, je parlerais d’une « hamburgisation » du français.
      Sans être des Du Bellay, pour défendre et illustrer la langue francoyse, nous n’avons qu’un seul devoir : celui de perpétuer, par une fréquentation assidue et jamais en repos, les textes de nos illustres écrivains. En reprenant la célèbre formule de Paul Valéry : « De deux mots, il faut choisir le moindre ». Cette modestie devant le mot est salutaire, parce qu’elle indique que l’on prend la voie de la grandeur.
      Enfin, si à quelque degré, je vous ai offensé, je l’aurais fait à mon corps défendant. Veuillez, dans pareil cas, accepter mes sincères excuses.

  13. Mary
    Mary19 mai 2014

    Merci pour l’excellent article. Avec l’amour de la Russie.

  14. HOULBREQUE
    HOULBREQUE19 mai 2014

    Excellente analyse. En effet il est tout à fait notable que Fédorovski pourtant bien embourgeoisé dans sa position de romancier apparemment sur de lui et dominateur en tous cas qui affiche une superbe est constamment en train d’essayer de faire oublier son passé extrêmement pregnant d’apparatchik au plus haut niveau avec tous les espoirs qui lui étaient permis compte tenu de son investissement à l’époque de l’URSS. Poutine doit en rire !
    Personnellement lors du démantèlement du mur de Berlin je m’étais posé la question naïvement de l’intérêt de l’OTAN !!!!!! Pour en revenir à l’Ukraine et plus spécialement à la Galicie dont on peut se demander si elle ukrainienne ou polonaise ou galicienne tout simplement ! il me semble qu’elle a toujours été farouchement anti russe. Il me souvient d’une lettre d’une grande tante belle-sœur de ma mère qui dans une rare lettre de la période du rideau de fer donnait des nouvelles d’une de ses filles en écrivant: la petite Maria est mariée …….à un russe. Pourtant il est gentil !!!!!!!!

  15. Tourville
    Tourville19 mai 2014

    Excellentissime travail d’information… Bravo !
    Que vivent la France et la Russie…
    et longue vie au jeune Sergueï Xavierovitch… ;)

  16. Patrice
    Patrice29 août 2014

    Rapport au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du 9 juillet 2014
    http://www.senat.fr/rap/r13-708/r13-708_mono.html#toc151
    « Dans la préface du « New Strategic Guidance for the Department of Defense » de janvier 2012, le Président Obama indique de façon claire qu’il entend utiliser tous les outils d’influence… »
    Un peu plus loin
    « En Ukraine, les États-Unis estiment que le fait d’avoir pu façonner l’opinion mondiale a contribué à isoler la Russie »

    Nos élus ou représentants ne sont donc pas tous dupes ou complices du soft power. Alors pourquoi les medias « mainstream » ???

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