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République bananière d’Ukraine, épisode 1, saison 2

République bananière d’Ukraine, épisode 1, saison 2

République bananière d’Ukraine, épisode 1, saison 2

Saison 2 : L’Ukraine après Maïdan
Xavier Moreau

Xavier Moreau

En décembre 2013, l’Ukraine obtient de la Russie un prêt de 15 milliards de dollars, le prix du gaz le plus bas d’Europe, un programme de réindustrialisation pour son complexe militaro-industriel et Vladimir Poutine n’imagine même pas que la Crimée puisse être réunifiée à la Russie. Fin juin 2014, Maïdan a fait passer l’Ukraine d’un pays européen en voie de développement à un pays ruiné. Il faudra des années à l’Ukraine pour rétablir son économie. Les États-Unis, avec la complicité de l’Union Européenne, ont détruit l’Ukraine plutôt que de la laisser suivre son propre chemin entre la Russie et le reste de l’Europe. L’élection de Petro Porochenko peut être le premier pas vers une tentative de reconstruction de l’Ukraine, sur de nouvelles bases. Pour cela, le nouveau Président devra faire face à une Amérique sans scrupules, qui s’appuie encore et toujours sur les forces mafieuses et radicales des pays qu’elle souhaite conquérir.

Épisode 1 : Kiev contre Dniepropetrovsk

Certains de nos lecteurs s’impatientent de notre silence et nous l’ont fait savoir. Nous leur signalons que nous sommes récemment intervenus sur la Voix de la Russie et dans le magazine Diplomatie du mois de juin sur les sanctions occidentales contre la Russie. Nous reprenons, aujourd’hui, le fil de notre récit à l’occasion d’une nouvelle saison.

L’Ukraine évolue selon le scénario que nous avions annoncé le 28 mai dernier. Le Président Porochenko s’efforce de prendre ses marques et de consolider son pouvoir face à la coalition, qui réunit le Département d’État américain, une partie de l’oligarchie derrière Igor Kolomoïski et les mouvements néonazis de Svoboda et de « Pravy Sektor ». À cette alliance s’ajoute désormais une implication massive du grand banditisme, les bataillons de « Pravy Sektor » recrutant désormais majoritairement dans les prisons. Le radical Oleg Liatchko l’a d’ailleurs reconnu et s’est félicité de la combattivité de ces nouvelles recrues.

C’est la présence de ces troupes, directement sous les ordres de Kolomoïski et de Dmitro Iarosh, qui explique l’échec du cessez-le-feu décrété par le Président Porochenko et accepté par les Républiques du Donbass et de Lougansk. Ces forces peuvent faire durer la guerre mais ne peuvent venir à bout des rebelles sans le soutien de l’armée, qui refuse souvent d’intervenir contre la population ukrainienne de l’est. L’armée privée de Kolomoïski (APK) bombarde essentiellement les civils car elle n’a pas plus envie que l’armée ukrainienne d’affronter les forces armées rebelles, motivées et de mieux en mieux équipées. Le bataillon « Aïdar » du « Pravy Sektor » a récemment été complètement anéanti. L’APK applique donc le modèle de guerre américain en Yougoslavie, qui consiste en des bombardements sur des objectifs civils pour terroriser la population. Borislav Beresa, de « Pravy Sektor », a annoncé publiquement qu’il souhaitait une guerre d’extermination contre la population ukrainienne de l’est. Cette « sale guerre » est cependant de plus en plus impopulaire, non seulement à Jitomir, mais dans la région de Lvov, qui est pourtant le cœur du national-socialisme ukrainien, où les parents des conscrits protestent contre l’incorporation de leurs enfants.

Igor Kolomoïski et son gouvernement national-socialiste de Dniepropetrovsk sont désormais les problèmes prioritaires de Petro Porochenko. Tôt ou tard, le futur gouvernement ukrainien, s’il veut être légitime, devra prendre des mesures contre les néo-nazis ukrainiens et leurs financiers. À cette fin, le nouveau Président a commencé à reconstruire sa nouvelle administration présidentielle, il a pu changer de ministre des Affaires Étrangères et remplacer le néo-nazi Makhnitski de la direction du Parquet ukrainien par l’ « orangiste » Vitali Iarema. Vladimir Poutine comprend les difficultés de Petro Porochenko et évite de répondre aux provocations pour ne pas affaiblir son homologue. C’est dans ce sens qu’il faut interpréter les dernières décisions du Président russe.

Il est cependant évident que le Président ukrainien ne tiendra pas seul avec le soutien tacite de la Russie. En signant l’accord de coopération avec l’Europe, il coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui espéraient un nouveau Maïdan et met les puissances européennes devant leurs responsabilités. C’est désormais à la France et à l’Allemagne d’assumer leurs positions contre les États-Unis et l’Union Européenne. La diplomatie française a accompli une véritable prouesse en organisant toute une série de rencontres à l’occasion de l’anniversaire du débarquement. L’influence des milieux d’affaires et une prise de conscience de la réalité de Maïdan sont sans doute à l’origine de ce revirement fragile mais réel. Il faut également rendre hommage au retrait des pays baltes des chasseurs de l’escadrille française Normandie-Niemen, dont les blasons avaient dû être maquillés pour ne pas heurter les affinités nationales-socialistes de nos hôtes baltes.

Le Donbass contre l’Occident et l’oligarchie

Les journalistes français nous ont vendu Maïdan comme un soulèvement contre l’oligarchie et la corruption, avant que les organisateurs du coup d’état donnent le pouvoir à cette même oligarchie. Le fait est que les Républiques du Donbass et de Lougansk, qui viennent de s’unir, sont les premiers mouvements ukrainiens populaires authentiques de résistance à l’oligarchie. Les gouvernements des deux entités ont très clairement annoncé leur volonté de rendre la propriété des actifs industriels de la région à leur population, sur le modèle de ce que Vladimir Poutine a accompli contre l’oligarque russe déchu Mikhail Khodorkovski. Le modèle russe inspire également la République du Donbass dans le domaine de la protection de la famille traditionnelle et de notre civilisation. Fondement orthodoxe de la République (préambule), protection de l’être humain dès sa conception (Art. 12.2), interdiction du mariage homosexuel et de sa promotion (Art. 4.3, 31.1, 31.3), protection de la vie privée (Art16.2, 17.1), interdiction des arrestations arbitraires (Art. 15.2) et de la torture (Art. 14.3), la constitution de la République Populaire du Donetsk est un manifeste contre les « valeurs américaines » et le modèle de société occidental. Tout cela nous rappelle, avec une certaine nostalgie, ce que les Serbes avaient tenté de fonder en Krajina et en Republica Serbska.

Xavier Moreau

Crédit photo : carlos_duclos via Flickr (cc)

Auteur

Xavier MoreauSaint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d'un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Fondateur d'une société de conseil en sûreté des affaires, installé en Russie depuis 14 ans, travaillant également sur l'Ukraine, le Kazakhstan et la Serbie.Voir toutes les publications par Xavier Moreau →

7 commentaires

  1. Zabo
    Zabo26 juin 2014

    Merci Monsieur Moreau pour cet article ! J’avais lu votre entretien avec la Voix de la Russie, ce complément me permet de mieux comprendre encore, la sagesse et la magnanimité de Vladimir Poutine, saluées d’ailleurs par les opposants à Kiev. Les russes ont décidément bien de la chance d’avoir un tel président, qu’ils le gardent le plus longtemps possible, et surtout que Dieu le garde !

  2. Zabo
    Zabo26 juin 2014

    Que Dieu garde aussi et inspire les gouvernants de la république du Donbass, qu’ils les fortifie dans leur démarche et les aide à s’entendre avec Kiev contre les néonazis à la botte de l’hégémonie yankee.

  3. Thomas
    Thomas26 juin 2014

    Merci beaucoup pour cet éclairage tout à fait pertinent. Que pensez-vous de la Nouvelle Russie ? Ralliera-t-elle la Fédération de Russie à terme ? Encore merci !

  4. Philippe
    Philippe26 juin 2014

    Regardant ou écoutant les médias institutionnels français, en moyenne une petite demi-heure par jour, voire moins, préférant les médias alternatifs sur Internet, je ne peux qu’y constater le silence radio sur l’affaire de l’Ukraine. Il est vrai que le mondial a pris une telle place que notre « Elstine français » veut donner au peuple « une impression de relance ». C’est pourquoi les analyses de Xavier Moreau et Aymeric Chauprade par leur acuité sont très utiles pour échapper à cette schizophrénie à la française.

  5. greg
    greg28 juin 2014

    Petite erreur à corriger : prix Gazprom 2012 pour 1000m3 de gaz pour l’Ukraine $268, alors que les autres pays européens négocient avec la compagnie gazière russe entre $300 et $550. Mais la Biélorussie achète pour $165 son gaz. Il faudrait donc reformuler la phrase d’introduction de l’article par : « En décembre 2013, l’Ukraine obtient de la Russie un prêt de 15 milliards de dollars, le DEUXIEME prix du gaz le plus bas d’Europe, un programme de réindustrialisation pour son complexe militaro-industriel et Vladimir Poutine n’imagine même pas que la Crimée puisse être réunifiée à la Russie. »

  6. kaddache
    kaddache28 juin 2014

    Bonsoir,
    Merci monsieur Moreau,C’est toujours un plaisir de lire vos analyses instructives et réelement informatrices.
    Merci à l’equipe de realpolitik.

  7. Anders
    Anders8 juillet 2014

    Sans avoir tout compris, des avis, me semble que vous faites erreur : Porochenko a choisi depuis 2 jours : l’écrasement des rebelles ou « insurges » de l’Est Ukraine -aucune négociation. aucune autonomie aucun droit.. Les opérations vons continuer. Donc, comment ça finit : répression des tout les opposants, écrasements des idées anti-Kiev, propagande post-soviétique pro-occidentale à outrance. Porochenko va créer la « démocratie dictature d’Ukraine » la DDU ! avec tous les jours et beaucoup d’argent de la propagande spécial sur l’Est pour endoctriner les populations russophones – les « javellser » de « l’esprit russe ». Il sera interdit ou tout sera fait pour brouiller les fréquences radios et tv venant de la Russie. En Slovaquie, beaucoup s’étonnent, s’inquiétent de ces Ukrainiens intolérants, fiers, criminels parfois sans gêne, corrompus au maximum et qui peuvent partout venir donner des leçons. S’ils réussissent, ils attaqueront jusqu’aux institutions de l’U.E par corrution ou violences et prétendront des règles commerciales régionales à leur seul profit. Espérons qu’ils n’oseront pas sans prendre aux frontières : cette Ukraine de Lvov est un poison régionale. : pour la Slovaquie et même pour la Pologne (qui a des dirigeants souvent stupidement anti-russe par simples émotions)

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