Jeudi 09 Septembre, 2010
   
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Géopolitique et démographie : ce que réserve l'avenir

L'Europe est entrée dans le vieillissement plus tôt que le reste du monde. Dans l'Union à quinze, avant l'élargissement, la vieillesse est déjà 50% plus présente que la jeunesse et certains pays, comme l'Allemagne et l'Italie, sont proches de la proportion de 2 « seniors » pour un jeune. Le vieillissement accélère le déclin démographique de l'Europe : en valeur relative d'abord, puisque si les Européens formaient à eux seuls le quart de la population mondiale en 1900, ils ne représentent désormais que 10% de cette population ; en valeur absolue ensuite : l'Europe est la seule région du monde dont les effectifs vont diminuer durant le premier tiers de ce siècle. L'évolution de deux grands peuples européens qui se sont massacrés mutuellement à Stalingrad illustre d'ailleurs ce déclin général : dans vingt-cinq ans le peuple allemand aura fondu de 10 millions et le peuple russe (deux avortements pour une naissance) de 15 millions. Sur les vingt-cinq pays de l'Union élargie, dix-sept (dont ceux d'Europe centrale) connaissent des excédents de décès par rapport aux naissances. Avec ses quelques 380 millions d'habitants, l'Union européenne des quinze pays d'avant l'élargissement de 2004 n'avait pas plus de naissances que les Etats-Unis avec leurs 295 millions de citoyens !

Ce phénomène ne fait que traduire l'effondrement de la volonté de puissance des Européens : négation de l'idée de civilisation européenne, repentance permanente s'agissant de l'histoire de l'Occident, culture de mort (expressions nihilistes de la jeunesse, homosexualité, avortement, drogue), féminisation des valeurs dominantes...

Parallèlement au recul de son substrat ethnique, l'Union européenne connaît, depuis le dernier tiers du XXe siècle, un établissement en masse de populations d'origine extra-européenne. Des migrants viennent compenser le dépeuplement européen.

C'est un fait constaté par l'OCDE : l'Europe (l'Union européenne des 15), est devenue la première région mondiale d'immigration avec 1,5 million d'entrées légales annuelles, contre un peu plus d'un million pour le Canada et les Etats-Unis réunis.

Deux aires géographiques sont cependant à distinguer au sein de l'Union : d'une part, la nouvelle Europe, celle de l'élargissement, qui se dépeuple à grande vitesse et n'est encore que très peu concernée par les flux migratoires extra-européens (mais son entrée dans le capitalisme mondialisé et l'idéologie des Droits de l'Homme laisse prédire la formation d'une dynamique migratoire d'origine extra-européenne) ; d'autre part, l'Europe occidentale, qui hier colonisa l'Afrique et l'Asie, et qui, aujourd'hui, connaît un mouvement massif de contre-colonisation.

L'accroissement naturel de l'Union européenne (soustraction des décès aux naissances) n'est, pour quinze pays, que de + 400 000, tandis que le solde migratoire annuel est de l'ordre de + 1,6 millions de personnes. Autrement dit, l'immigration (légale) est quatre fois plus importante que l'accroissement naturel des citoyens européens (qui évidemment ne sont pas uniquement des Européens de souche). Si l'immigration progresse 4 fois plus vite que l'accroissement naturel (lequel, faut-il encore le répéter, comptabilise la natalité des immigrés arrivés les années précédentes), on peut alors en conclure aisément que la population européenne est en passe d'être remplacée, sur un temps historique relativement court, par des populations non européennes.

Considérons le cas français. Selon l'INSEE, 9% de la population de la France métropolitaine est originaire du continent africain et d'Eurasie (Turquie). Or, à eux seuls, ces 9% assurent 16% des naissances en France, soit 110 000 naissances. Le taux de fécondité des femmes d'origine immigrée en France (hors continent européen) est en effet supérieur à celui des femmes de souche européenne : 2,16 enfants par femme contre 1,7 (au détail, 2,57% pour les Algériennes, 2,97 pour les Marocaines, 3,21 pour les Turques ; étude du démographe Laurent Toulemon, Le Figaro, 14 avril 2004).

Une projection pour 2030 ouvre alors sur la perspective suivante : même en imaginant la mise en place d'une politique d'immigration zéro, la France compterait dans vingt-cinq ans 10 millions de résidants légaux d'origine extra-européenne, ce qui représenterait 15 % de la population et 30% des naissances. Autrement dit, au tiers de ce siècle, un tiers de la « future France » serait d'origine extra-européenne. Une politique d'immigration zéro décidée aujourd'hui ne suffirait donc pas à empêcher la population française de souche européenne d'être minoritaire au début du XXII e siècle. Or nous sommes déjà très loin de la politique d'immigration zéro : 170 000 nouveaux migrants réguliers extra-européens entrent annuellement sur le territoire, dont 70 000 par le seul mécanisme du regroupement familial (étrangement, alors que partout en Europe le nombre total de mariages diminue, le nombre de mariages mixtes, lui, « explose »). Les Français de souche européenne qui naissent aujourd'hui mourront dans une France au profil majoritairement africain et asiatique. Et tel est le sort promis à toute l'Europe occidentale, de l'Italie à la Belgique, en passant par le Royaume-Uni et l'Allemagne si un mouvement massif d'inversion des flux migratoires extra-européens n'est pas engagé rapidement. Il ne suffit pas d'arrêter l'immigration, il faut donc inverser le flux.

Car ces calculs ne prennent pas en compte le phénomène de l'immigration clandestine, exclusivement extra-européenne et qui ne cesse de s'accroître. Pour la seule France on estime autour de 100 000 le nombre annuel de nouveaux clandestins ; moins d'un dixième (10 000) sont refoulés. Et une proportion conséquente de ces nouveaux entrants annuels aura toutes les chances d'être régularisée dans les cinq années suivantes. Ces trois dernières années, le nombre d'immigrés extra-européens régularisés seulement pour 6 pays de l'Union aura été de 220 000 pour la France, 50 000 pour la Belgique, 720 000 pour la Grèce, 1,5 million pour l'Italie (dont 700 000 pour la seule année 2002 !), 580 000 en Espagne, 240 000 au Portugal, soit un total moyen annuel de plus de 1 100 000 clandestins supplémentaires pour seulement 6 pays de l'Union européenne !

Dans l'avenir la pression migratoire extra-européenne ne peut qu'augmenter. Le taux de départ annuel au Maroc est déjà de 15 % des hommes valides, soit 7,5 fois la moyenne mondiale du taux d'émigration par pays (2 %), dans un pays où le taux de chômage des jeunes de 15 à 30 ans atteint 60 % (comme en Algérie et en Afrique noire). Un sondage effectué il y a quatre ans par une organisation immigrationniste (AFAVIC : association des amis et familles des victimes de l'immigration clandestine) montrait que sur 600 Marocains de moins de 30 ans, 82% avaient pour seule ambition de partir s'installer en Europe. Au Mali ou au Bangladesh, l'immigration vers l'Europe constitue la principale source de revenu.

La pression migratoire ne se résume pas au seul détroit de Gibraltar (fait médiatisé). La principale plateforme d'immigration clandestine vers l'Union européenne est la Turquie. Les autorités turques arrêtent chaque année 100 000 illégaux venus d'Asie centrale, du Moyen-Orient et d'Asie. Un effort qui « compense » leur propension à laisser partir la pauvreté turque vers l'Union. Quant à la Grèce, elle qui ne compte qu'une dizaine de millions d'habitants a déjà refoulé en moins de dix ans plus de 2 millions de clandestins, soit l'équivalent d'1/5 de sa population.

Dans les décennies à venir, la pression migratoire va s'accentuer, réalisant la prophétie du roman de Jean Raspail (Le Camp des Saints, 1976).

Or cette pression va augmenter à un moment où l'Union européenne prévoit, d'ici 2015, d'accroître le périmètre de ses frontières (par l'intégration des pays balkaniques et de la Turquie) d'au moins 12 000 km de déserts, marécages, steppes et forêts.

Le cas de la Méditerranée est à lui seul parlant. La rive Nord (européenne) compte aujourd'hui environ 180 millions d'habitants tandis que la rive Sud (musulmane) en compte 240 millions. En 2030, la rive Nord aura perdu 6 millions d'Européens (avec une saignée phénoménale d'Italiens et d'Espagnols), tandis que la rive Sud gagnera 100 millions d' « extra-Européens », atteignant les 300 millions de musulmans. On aura donc « face à face », en Méditerranée, deux fois plus de population extra-européenne que de population européenne.

Or ce réservoir démographique qui fait face aux rivages méditerranéens de l'Europe est caractérisé notamment par le plus fort taux d'émigration du monde. Alors que la moyenne mondiale se situe à 2 % de la population (qui émigre chaque année), le taux de départ moyen en Méditerranée est de 5 % de la population. Taux supérieur à la zone Caraïbes et à l'Asie. Traduisons cela en données quantitatives : depuis le début des années 1960, près de 20 millions des ressortissants des pays de la rive Sud ont émigré (pas seulement vers l'Europe, mais aussi vers l'Amérique du Nord).

Cette propension actuelle de l'Afrique et du Moyen-Orient à immigrer doit être rapprochée des risques géopolitiques qui pèsent dans la région méditerranéenne.

Le premier risque majeur est celui de l'évolution des régimes du monde méditerranéen vers l'islamisme. Tous les régimes arabes pro-occidentaux ont aujourd'hui une légitimité fragile. De plus en plus d'Arabes, séduits par l'islamisme, les accusent de trahison envers l'islam et de collusion avec l'axe « américano-sioniste ». La fragilité de ces régimes est augmentée par les perspectives sombres de changement climatique en Afrique du Nord : la chute annoncée de la pluviométrie et l'augmentation de la sécheresse dans les vingt prochaines années jetterait des centaines de milliers de petits paysans dans la misère.

Deuxième risque : les conséquences de la révolution économique mondiale causée par l'émergence de l'Asie et notamment de la Chine. Sous pression croissante et pour rester compétitives, les économies européennes risquent de connaître un glissement vers l'économie souterraine. Déjà 10 % du PNB de l'Espagne et 30 % du PNB de l'Italie ou de la Grèce sont le « fruit » de l'économie parallèle. Les Etats européens sous la pression de secteur économiques entiers (bâtiment, agro-alimentaire, textile...) ferment de plus en plus les yeux sur la collusion du capital et de l'immigration clandestine.

Des pans entiers des économies européennes risquent donc de recourir à de l'emploi étranger et clandestin, ou même légal, dans la mesure où « l'immigré » est généralement considéré comme moins exigeant en matière de conditions de travail et de niveau de rémunération : il n'a tout simplement pas le choix ! Il y a une pompe aspirante de l'immigration légale et illégale qui est d'essence économique, de nombreux acteurs de l'économie jugeant que la « mondialisation » les oblige par tous les moyens à rester compétitifs face au dynamisme américain et surtout face aux défis chinois et indien.

Parmi les multiples conséquences du mondialisme, figure l'aggravation du poids des mafias transétatiques. La globalisation financière et la liberté des flux favorisent les structures trans-étatiques illicites. Or l'un des secteurs lucratifs de ces mafias est le « marché de l'immigration clandestine ». Plus la demande migratoire augmente, plus les mafias prospèrent, et plus celles-ci prospèrent, plus elles sont en mesure de développer de nouvelles filières d'immigration clandestine et donc de susciter l'offre.

L'analyse des flux d'immigration clandestine révèle le poids des réseaux albanais, yougoslaves, chinois, russes... Le trafic d'êtres humains se combine d'ailleurs souvent avec le trafic de drogue, les immigrés clandestins étant souvent obligés de payer leur passage en jouant le rôle de revendeurs ou de passeurs.

Mais les perspectives d'immigration ne sauraient se limiter au constat d'un différentiel démographique béant entre rive Nord et rive Sud, à la pression asiatique sur les économies européennes qui déterminera chez de nombreux acteurs un comportement favorable à l'immigration, ou bien encore au risque de basculement dans l'islamisme de pays musulmans. Une autre question, souvent ignorée, est celle des perspectives post-pétrolières dans le Golfe arabo-persique.

Aujourd'hui, le Golfe arabo-persique, grâce à son économie pétrolière et gazière, absorbe une proportion importante de l'émigration asiatique, égyptienne et turque qui aurait pu venir jusqu'en Europe. Six pays du Golfe, dont la population arabe autochtone est relativement faible, absorbent à eux seuls plus de onze millions d'immigrés : des Pakistanais, des Hindous, des Philippins, des Egyptiens, des Turcs. Or ceci sera vrai tant que le pétrole coulera des puits du Moyen-Orient. Soit au maximum 40 ans.

Dans 40 ans, le Golfe sera fait de populations arabo-asiatiques islamiques fortes et jeunes, dont le revenu par habitant se sera écroulé faute de perspective de remplacement de l'économie pétrolière (les futures zones de production sont en Asie). Le wahhabisme sera toujours là, mais sans la rente. Le Golfe ne sera plus une « zone-tampon » fixant l'immigration entre l'Europe et l'Asie.

La perspective pour l'Europe apparaît désormais de manière claire : à la fin du siècle, les Européens seront devenus minoritaires sur la partie européenne du continent eurasiatique. Comme ils ne sont pas les Etats-Unis, une nation fondée sur une idéologie puissante capable de fabriquer des Américains à partir d'origines ethniques différentes, ils seront incapables d'assimiler les populations extra-européennes à leur civilisation. Les Européens n'ont donc qu'un seul choix pour éviter à leurs enfants un avenir de minorités, semblable à celui des Blancs d'Afrique du Sud, repliés sur leurs bantoustans blancs : repasser le film de l'immigration à l'envers et relancer la natalité européenne. Ceci implique un changement profond des politiques menées jusqu'à présent en Europe par des générations politiques fatiguées de porter le lourd fardeau de l'Homme blanc.



Article paru dans la Nouvelle Revue d'Histoire en 2006.
Commentaires (5)
  • Evelyne DELLAPINA
    Si je comprends bien , l'Europe ne pourra survivre que par une reprise de sa
    natalité doublée d'un frein drastique à l'immigration extra européenne.

    Oui, bien sûr, mais est-ce que votre géopolitique n'oublierait pas que les
    mouvements de population constituent l'histoire du monde et qu'il paraît
    difficile de les contraindre ?

    Pourquoi imaginer avec une crainte tout juste implicite la disparition d'un
    monde , notamment le monde occidental ?

    N'est-ce pas l'ordre naturel de la civilisation planétaire en perpétuel
    changement : invasions, colonisations,décolonisations,recolonisations,conq uêtes
    de territoires économiques et culturels ?

    C'est certes dur à digérer pour un occidental européen qui s'est pensé (et agi)
    comme le centre du monde, mais il me semble que c'est inéluctable.

    Compte-tenu du métissage inéluctable de la planète à long terme, nous sommes à
    l'aube d'un monde nouveau, auquel je ne participerais pas...alors...

    Je ne suis pas spécialiste en géopolitique et encore moins en économie, mais
    voilà ma vision des choses.
  • thevenon eric  - réponse à dellapina
    Un grand merci pour la propagande modialiste de dellapina qui nous promet un
    avenir radieux sous la domination des prédateurs économiques
    mondialisés,apatrides et leurs complices les mafias sous couvert du sens de
    l'histoire : ordre naturel de la civilisation planétaire en perpétuel
    changement.

    Selon dellapina l'ordre Nord vers Sud est égale à la colonisation donc mauvais
    et l'ordre Sud vers Nord est égal à l'enrichissement économique,culturel,à la
    fraternite humaine...

    Dormez braves gens on s'occupe de tout!!!

    Nous vous préparons le meilleur des mondes.

    Un prix Lyssenko peut être pour dellapina.
  • phil  - ...
    Dellapina, ou le symbole même de l'aplaventrisme européen décrié dans cet
    article.
    Il faut apprendre à lire.
  • bonfils jp  - memoire
    Il y a quelques annes, René Grousset a ecrit a peu pres cei: a bien lire
    l'histoire, on s'apercoit qu'aucun pays, aucun empire, aucune civilisation,
    aucune religion, n'a jamais ete conquis par l'adversaire, qu'il ne se soit
    prealablement suicide. C'est malheureusement le cas de notre France, et d'une
    bonne partie de l'Europe.
  • bonfils jp
    Il y a quelques annes, Rene Grousset avait ecrit a peu pres ceci : "A bien
    lire l'histoire, on s'apercoit qu'aucun Etat, aucune nation, aucun empire,
    aucune religion, n'a ete conquis par l'adversaire, qu'il ne se soit
    prealablement suicide". C'est malheureusement le cas de notre France, et
    d'autres pays eoropeens.
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