Aymeric Chauprade
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La géopolitique aux éditions Ellipses
La géopolitique aux éditions Ellipses : entretien Aymeric Chauprade avec ARMEES D’AUJOURD’HUI
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A qui s'adresse votre collection et comment l'idée de la créer est-elle née ?
L'idée de développer des collections de géopolitique aux éditions Ellipses est née il y a plus de dix ans, lorsque j'ai constaté que la France publiait beaucoup d'ouvrages d'histoire des relations internationales mais que l'approche géopolitique, très prisée dans le monde anglo-saxon et fondée sur la prise en compte des réalités de la géographie physique et identitaire, était délaissée en France. L'Université française, prisonnière de ses impasses idéologiques (la réduction de l'histoire au seul facteur de classe), boudait et continue de bouder cette matière. Dans ce domaine comme dans d'autres, elle porte une immense responsabilité dans la faiblesse de la formation géopolitique de l'énarchie comme des fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères.
Pourquoi une collection traitant spécifiquement de géopolitique ?
Il m'a semblé que les catalogues dans le domaine de la science politique, de l'histoire des idées politiques, et de l'histoire des relations internationales (au sens événementiel) étaient déjà riches. En revanche, on ne parlait plus du poids des réalités ethniques ou religieuses dans les dynamiques internationales.
Pouvez-vous expliquer brièvement ce qu'est la géopolitique ?
Dans le domaine des relations internationales, nous considérons trois types d'acteurs de puissances : les Etats, les acteurs intra-étatiques (par exemple une rébellion armée dans un Etat), et les acteurs trans-étatiques (par exemple une multinationale ou un réseau islamiste international, qui n'ont pas les mêmes objectifs évidemment mais qui sont néanmoins tous les deux organisés par delà les frontières des Etats). On peut alors tout simplement dire que la géopolitique est l'étude des relations de nature politique entre ces trois types d'acteurs, par la prise en compte des facteurs de la géographie physique, identitaire et des ressources. Autrement dit, la géopolitique est un éclairage, partiel mais néanmoins déterminant, des relations internationales. A elle seule elle n'explique pas tout, car il faudrait ajouter d'autres facteurs, comme celui de la personnalité des acteurs humains, mais il est certain que si l'on néglige les réalités géopolitiques, on se trompe dans son action internationale. Elle est une condition nécessaire mais non suffisante à la compréhension des relations internationales.
Vous êtes très souvent présenté comme le meilleur représentant de l'Ecole française de géopolitique. Quelle est sa particularité ?
Tout d'abord, en tant qu'institution ou structure visible, il n'existe pas d'Ecole française de géopolitique. En revanche, en tant que réseau informel et non-visible, je peux vous dire que j'ai, depuis une dizaine d'années, structuré un réseau comptant une soixantaine de personnes, qui, en France, partagent cette approche de la géopolitique, et la conviction que celle-ci doit constituer le fondement d'un retour à une politique étrangère française volontariste dans le monde. Rappelons, que François Thual, que je considère comme mon maître en la matière, a publié de nombreux ouvrages de géopolitique avant moi. C'est grâce à lui, et au général Gallois bien sûr, que nous sommes sortis de la géographie politique universitaire, souvent complètement éloignée des enjeux véritables de puissance et prisonnière de ses postulats sociologiques.
En tout cas, le maintien d'une ambition mondiale pour la France impose que notre pays favorise l'éveil à cette science du réel, dès le collège en histoire-géographie. Les militaires n'ont pas attendu cela. Le Collège interarmées de défense (CID) est pionnier en la matière puisque bien avant mon arrivée il avait décidé d'en faire un pilier de la formation générale, à côté de la stratégie.
Votre collection traite de la géopolitique de pays ou d'ensembles régionaux. Existe-t-il des constantes de la géopolitique, dans le temps et dans l'espace.
La géopolitique est une méthode d'analyse qui a pour vocation de s'appliquer à des cas concrets : théâtres géographiques (Etats, aires civilisationnelles) ou thématiques (rôle d'un facteur en particulier, le religieux, le pétrole, l'eau...). C'est une science du temps long, qui souligne particulièrement les constantes de la géographie des peuples, de leurs oppositions identitaires (ethniques et civilisationnelles). Agir sur l'histoire tout en ignorant ces constantes, c'est, au mieux échouer, au pire provoquer de très grandes catastrophes. Ceux qui s'emploient à exporter leurs systèmes de pensée en négligeant le contenu des cultures en apportent la preuve dramatique. Cela ne veut pas dire que ceux qui ne défendent plus rien ni n'exportent plus de systèmes de valeurs n'ont pas une responsabilité moindre...
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